Invités chez lui

Il aime jouer, Jean-Jacques Daran. Souvent. Avec ses gars d’adoption, André Papanicolaou à la guitare, les frères Chartrain à la section rythmique. Et avec ses amis d’ici, à toutes les occasions. Première montréalaise du spectacle de l’album L’homme dont les bras sont des branches, c’était une belle occasion, il en a profité pour inviter plus de monde que dans les «cartes blanches à...» des Francos d’antan. Et tout le monde a dit oui, pardi!

Hier au Rialto, c’est d’abord Louis-Jean Cormier qui l’a rejoint, pour partager à nouveau Une sorte d’église (comme à la dernière de Studio 12, pour la plus grande joie de Rebecca Makonnen). C’était tendre, intense, doux et puissant à la fois, on aurait voulu une salle plus pleine pour vivre ça et s’en rappeler toujours.


C’était, de fait, un peu parsemé: trop gros, le Rialto? Je soupçonne plutôt l’effet pervers de la parfaite intégration de notre Daran bien-aimé dans le paysage montréalais: on l’a beaucoup vu depuis un an, on a entendu les nouvelles chansons avant, pendant et après les séances de studio. Au Lion d’Or, aux Francos, au lancement à la Sala Rossa, le Daran s’est fait généreusement présent plutôt que stratégiquement rare, et ça lui valait hier une première moins événementielle.


À moins d’y être: ceux qui s’étaient déplacés n’auraient voulu se trouver nulle part ailleurs. Daran, c’est sa nature, joue pour les multitudes comme dans son salon, et c’était un peu beaucoup son salon hier, avec sofa et abat-jours sur scène. Ambiance intime, performance de stade: c’est tout lui. Immense et à hauteur d’homme. Fallait entendre ces versions attaque massive des Trous noirs et Merci qui, chansons que dix-huit ans séparent: même sincérité absolue dans l’intention, ce gars-là ne sait pas faire semblant.


Il ne sait que tout donner. Y compris ses chansons, cadeaux pour la belle visite. Il y a eu Pas peur, livrée corps et âme à Marie-Jo Thério: bonne idée, c’est une fille sans peur. Quelque chose en moi avait été «choisie et détournée par Catherine Durand», a-t-il dit: c’était vrai, elle tenait la guitare et chantait, il harmonisait, et c’était tellement beau que je ne voulais plus partir, même si ce compte-rendu attendait de plus en plus impatiemment son heure.


J’étais déjà au journal quand on a amené sur scène le piano disco d’Antoine Gratton: tout de blanc vêtu, sans étoile dans la face, il a échangé les couplets de Phare du four avec Daran, vient de me dire le collègue Philippe Rezzonico au téléphone. Ça devait être formidable, tout était joué comme si c’était la dernière fois dans cette première qui n’en n’était pas une, plutôt fête de famille de musique. Sa famille d’ici.