Concerts classiques - Stewart Goodyear vole la vedette

Stewart Goodyear, pianiste torontois de 34 ans
Photo: Festival de Lanaudière Stewart Goodyear, pianiste torontois de 34 ans

Le concert de samedi soir au Festival de Lanaudière reproduisait la seconde partie du concert historique de décembre 1808, qui vit notamment la création des 5e et 6e Symphonies de Beethoven. Petit détail amusant : en 1808, la Pastorale était encore la « cinquième symphonie ». C’est donc la Symphonie en ut mineur (l’actuelle 5e Symphonie) qui aurait dû amorcer ce concert, si l’on avait entièrement calqué l’histoire. Mais l’Ut mineur avait été jouée dans l’après-midi, avec Ah, perfido ! et le 4e Concerto pour piano.

Le Festival avait encore une fois rallié plus de 4000 personnes en soirée et, béni par la météo, s’en va tranquillement vers des records d’affluence. Ce que nous avons entendu ne se ressentait pas, en termes de niveau d’exécution, du grand nombre d’oeuvres à préparer.


La Pastorale de Yannick Nézet-Séguin est très contrastée dans ses épisodes, car le 2e mouvement - joué avec sourdines, comme le demande la révision de la partition par Jonathan Del Mar - est extrêmement bucolique et rêveur, presque vaporeux, alors que les deux volets suivants sont brossés de manière tout à fait roborative, avec des cors « chasseurs » et des tempos mordants. Le Finale, quant à lui, est un vrai allegretto chantant, qui s’apaise ultimement.


Yannick Nézet-Séguin a opposé sur scène les violons 1 et 2 - un « must » dans cette oeuvre. Kent Nagano tire encore plus d’effets de cette géométrie. Les deux visions sont néanmoins intéressantes : Nagano plus transparent, plus « impressionniste » avec plus de circulation entre les pupitres et soignant une sorte de coulée générale ; Nézet-Séguin, plus terrien (avec beaucoup de contrebasses) et plus imagé, privilégiant les contrastes.


Dans les extraits de la Messe en ut, les solistes, bien assortis, et le choeur ont fait ressortir la tension et les escarpements de l’écriture beethovénienne, avec une grande attention portée aux dynamiques. L’étrange début du Sanctus, pianissimo, semble ouvrir la voie à l’Agnus du Requiem de Berlioz, présenté en ouverture du festival.


On s’en allait vers une fin sympathique et paisible quand est apparu Stewart Goodyear. Certes, nous avons au pays un quatuor de pianistes huppés - Hamelin, Lortie, Lefèvre et Laplante -, mais ce Torontois de 34 ans mérite estime et attention. La véritable lumière qui sort du clavier touché par ce magicien est absolument irradiante et son sens du dialogue millimétré dans la Fantaisie chorale était aussi saisissant que dans le concert miraculeux réunissant Kissin et Abbado à Berlin.


La foule en liesse a réclamé un rappel, ce qui lui fut consenti (un mouvement de la Sonate pathétique). Goodyear se produit en récital ce soir et demain, et puisque Yannick Nézet-Séguin aime les marathons et autres immersions musicales, nous avons juste à espérer qu’il puisse s’entendre avec ce pianiste pour nous offrir très vite les cinq Concertos pour piano de Beethoven.