Soirée rock sur fond rouge

Qu’allait-il se passer ? La question était, littéralement, dans l’air : deux hélicoptères tournoyaient. Pas exactement au-dessus du site, certes plus à l’ouest, mais dans le champ de vision qui incluait la scène installée à l’angle de Sainte-Catherine et Jeanne-Mance. Drôle d’impression. Vague sentiment d’oppression. Les Revenants, entre les morceaux de l’album Bêtes lumineuses, joyeux mélange de surf’n’twang ensoleillé, de punkabilly dans le tapis et de vivifiant rock de garage néo-yéyé, accusaient le coup : « Le Québec va s’organiser et ne se fera pas organiser ! », a lancé le contrebassiste Roland Bréard aux festivaliers, rebaptisés « chers amis de la table rouge ». Le ton était donné.

Cette soirée d’ouverture des 24e FrancoFolies de Montréal allait être rock sur fond rouge. Les gars du groupe français Dionysos avaient-ils fait exprès d’arborer de splendides cravates du plus vif rouge ? Sans doute pas : il y a beaucoup de rouge sur la photo de pochette du dernier album Bird’N’roll ! Le fait est que Dionysos est une sacrée machine à musique et l’oiseau Mathias Malzieu un fameux showman : ils sont toujours en feu. Hier, le noyau dur des fans devant la scène grossissait à vue d’oeil, tellement le Mathias en faisait. Deux fois, il a été dans la foule, et tout naturellement crowd-surfé, la deuxième fois jusqu’aux marches de l’esplanade. À un moment, il a induit une véritable « symphonie d’oiseaux de Montréal », concert de sifflements divers. À un autre moment, c’était des « oiseaux danseurs québécois » qui twistaient le Bird’N’roll sur scène : de l’action, du rock !


Je me suis éclipsé une grosse demi-heure, le temps d’aller rejoindre le spectacle de l’École nationale de la chanson en cours à L’Astral : quand je suis arrivé, Damien Robitaille, carré rouge bien épinglé, chantait Mètre de mon être, en sa qualité de grand ancien. Tous les finissants, à leur tour au micro, avaient le carré quelque part : en bas d’une robe, au milieu d’un chandail.


C’était, pour eux la grande épreuve de réalité : chacun avait une seule chanson à défendre, c’était court et cruel comme la vraie vie. Certains, forcément, s’en tiraient mieux : pendant que j’étais là, le public jugeait et moi aussi, et c’est à Joanie Michaud, Cathrine Pomerleau et Rose-Emmanuelle Brassard qu’allaient les suffrages. En fin de première partie, après un touchant coup de chapeau des filles à Lisa LeBlanc, Salomé Leclerc a salué ses anciens profs et chanté une chanson du temps de l’École, la tendre Garde-moi collée.


J’ai rallié la grande scène alors que Daran lâchait un de ses grands cris où se mêlent espoir et désespoir : oui, son chandail était… presque rouge. Orangé, disons. Avec ses musiciens québécois, il a alterné ses grands titres réarrangés et le matériel de l’album L’Homme dont les bras sont des branches : c’était certainement moins dynamique que Malzieu et sa bande, mais plus intense et puissant, connecté avec la condition humaine. La Machine, Merci qui, Dormir Dehors portaient loin, loin.


C’est pendant le morceau final, Une caresse, une claque, que le défilé des « manufestants » a surgi du haut de l’esplanade et descendu les marches jusqu’à la Catherine, puis serpenté jusqu’à sortir du site par la rue Jeanne-Mance. Des drapeaux rouges ont flotté, et continué à flotter une fois le cortège disparu. Restait Pierre Lapointe, qui s’est finalement amené d’un pas décidé, carré rouge en place, et la promesse rock a été formidablement tenue. En rock-électro franchement violent, La forêt des mal-aimés fouettait, pulsait, pénétrait. Les suivantes aussi. Déchaîné, Pierrot a souligné la « tension sexuelle » ambiante et jeté de l’huile sur le feu : « Je vous suggère de baiser avec nous ! » C’est alors qu’il s’est mis à pleuvoir. Je suis parti au milieu des ébats pour écrire ces lignes. Que va-t-il se passer aujourd’hui ?

1 commentaire
  • Guy Michaud - Inscrit 8 juin 2012 13 h 44

    École nationale de la chanson Granby

    Tout un spectacle tous les élèves ont donnés une excellente performance sans oublier les vedettes Damien,Alex et Salomé