Concerts classiques - Jean-Marie Zeitouni relax

La surprise fut grande et belle. Jean-Marie Zeitouni, qui avait fait ses débuts à la tête d’I Musici avec un Beethoven crispé et raide à la salle Bourgie, s’est montré sous un jour radicalement différent vendredi dernier dans Le Messie à la Maison symphonique de Montréal.

Dans l’œuvre dans laquelle il y avait le plus à craindre d’une pâle imitation des Violons du Roy, Zeitouni a trouvé une voix propre, lyrique, souple, relaxée et sensible. Son Messie n’a pas le côté démonstratif et un peu péremptoire, extrêmement brillant, de celui de Labadie, mais il ouvre d’autres perspectives.

Dans l’approche de Zeitouni, on dirait que la première partie (Noël) est un grand prologue imagé menant au cœur du sujet (Passion, Ascension, etc.) et justifie largement de présenter l’œuvre à Pâques, comme ce fut le cas à sa création. Le solo «He was despised» devient ici le point nodal qui place la Passion, la Résurrection et les enseignements du Christ au centre du propos mis en musique par Haendel. C’est d’ailleurs la perception que Nikolaus Harnoncourt a de ce chef-d’œuvre.

I Musici a eu raison de tenter d’inverser la tendance qui, suivant aveuglément une tradition anglo-saxonne qui n’a pas lieu d’être au Québec, cantonne de manière bébête et dévoyée Le Messie au rôle de rituel musical du temps de Noël. À propos de traditions anglo-saxonnes, le premier ministre de notre beau pays sera fier des nombreux témoignages d’allégeance des bons sujets québécois à la Couronne britannique. Le public moutonnier s’est en effet levé en majorité lors de l’Halléluja, montrant sa déférence au roi George II et à ses successeurs. Outre la Grande-Bretagne et peut-être l’Australie, on ne voit ça nulle part ailleurs au monde.

À la suite des pressions de The Gazette sur Kent Nagano, en 2010, afin qu’il intercède pour «faire respecter la tradition», Le Devoir s’était exprimé en détail sur le sujet dans un article intitulé «Le Messie de Haendel, ou les pièges d’une “tradition” monarchique». Visiblement, le piège fonctionne toujours bien, peut-être parce que, juste avant, le chœur chante «All we, like sheep»…

Utilisant l’édition récente de Ton Koopman, dont les changements ne sont pas radicaux ou déstabilisants, Zeitouni a surtout fait preuve d’une grande humanité et de sensibilité, dans les phrasés de cordes, l’équilibre orgue, clavecin théorbe ou d’admirables fins chorales, éteintes sur la résonance. On aurait aimé que l’inutile notice, qui ne donnait ni le texte chanté ni l’énoncé des numéros nous présente cette partition.

Contrairement à ceux de la Passion selon saint Jean de Labadie, les solistes faisaient ici partie intégrante du récit. On a remarqué le travail soigné sur les ornementations et le fait que, stylistiquement, la soprano Dominique Labelle a des repères que les excellents Antonio Figueroa et Julie Boulianne n’ont pas encore. Quant à Michael Dean, son timbre, qui se crispe et métallise dans les aigus, est peu agréable.

Il y a aussi une grande marge de progrès pour le Chœur du SMAM qui, sortant de ses traditionnelles polyphonies de la Renaissance, souffre d’une hétérogénéité des pupitres de basses et ténors dans les vocalistes face à des sopranos plus agiles. Parmi ces dernières, une voix ressort dans les passages pianissimo. Certaines exigences de tempo du chef dépassaient les aptitudes des hommes du SMAM. Il faudra que Zeitouni soit un peu plus patient dans cette collaboration qui s’entame.

À noter: le choix vestimentaire des solistes, tous en noir, montrait par un détail simple que l’heure était à la méditation et au recueillement.