Concerts classiques - Une écoute renouvelée

S'il est un répertoire dont l'écoute sera véritablement renouvelée à la Maison symphonique, c'est bien le répertoire choral. À neuf chanteurs par voix, le chœur de la Passion selon saint Jean de Bach avait, mercredi, les dimensions optimales, permettant à la fois l'impact dans les scènes de foule et une grande réactivité et précision.

Pour remplir Wilfrid-Pelletier, il fallait gonfler l'orchestre, étoffer le choeur et donc ajouter de l'inertie. Sans compter que maintes nuances passaient par pertes et profits. Le sens idéal des proportions est donc le premier enseignement de cette contribution de l'OSM au Festival Bach.

La seconde leçon est l'intéressant rajeunissement de l'équipe de solistes par rapport au profil de ceux choisis en 2006. Les circonstances n'ont pas permis de juger pleinement les équilibres de couleurs voulus par Kent Nagano, Ingeborg Danz, malade, ayant été remplacée par le haute-contre Daniel Taylor. Je suis persuadé que, comme nous, Nagano recherche le timbre d'une femme, d'une mère, dans «Es ist vollbracht», air de déploration de la mort de Jésus. On signale à l'OSM le nom de la mezzo Meg Bragle, qui sera à Montréal dans une semaine pour le concert de clôture du festival. Elle a démontré l'an passé qu'elle aurait été la remplaçante idéale. Mais Daniel Taylor semblait très content de lui. Tant mieux.

Dans le choix de l'Évangéliste, Kent Nagano a troqué Christoph Prégardien contre Christoph Genz, qui a très bien rempli sa tâche, même si son timbre parfois un peu nasillard ne me touche pas. Volte-face importante et salutaire: le chef a aussi renoncé à faire chanter à l'Évangéliste les airs de ténor, confiés à Martin Mitterutzner, jeune Autrichien au matériau encore brut et un peu dur.

Le baryton Tyler Duncan s'est bien tiré d'affaire, sans égaler son confrère et compatriote Joshua Hopkins, soliste attitré de Bernard Labadie en pareille occasion. Par contre, Philippe Sly, 23 ans (!), a, encore une fois, été parfait en Pierre et Pilate. Il fallait, si j'ose dire, un sacré Jésus pour lui tenir tête dans leurs brèves confrontations. Markus Werba chante ce rôle avec beaucoup d'aplomb, mais assez peu d'humanité. Sibylla Rubens, toujours excellente, a néanmoins quelques consoeurs québécoises et canadiennes de même talent.

Musicalement, les options majeures de Nagano sont restées les mêmes: davantage de recueillement que de théâtralité, notamment dans un choeur d'entrée sans doute volontairement petit et amidonné; des chorals très fluides passant sur les points d'orgue; un quatuor orgue, violoncelle, luth et basson (donc sans alliance orgue-clavecin) pour le continuo; violes d'amour (miaulantes) dans «Erwäge», mais flûtes modernes plutôt que traversos. L'impression finale est sobre et élégante plus que poignante. À l'opposée, donc, du disque renversant de Benoit Haller et la Chapelle Rhénane (Zig Zag).

Si dans cinq ans Nagano reprogramme cette Passion, il lui restera à démontrer (enfin) qu'il a saisi le potentiel et la pleine mesure de notre vivier vocal. La distribution est toute trouvée: Frédéric Antoun en Évangéliste, Philippe Sly — après cinq ans de maturation — en Jésus, Karina Gauvin ou Shanon Mercer, Marie-Nicole Lemieux ou Michèle Losier,

Lawrence Wiliford et Joshua Hopkins. Les chanteurs d'ici ne sont pas des sparadraps, des seconds rôles ou des alibis; ils peuvent être des piliers. Dans Bach, et contrairement à la distribution d'un opéra de Wagner, faire son marché d'artistes en Europe est peut-être rassurant mais totalement inutile!

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