Moreau et Daho aux FrancoFolies de Montréal - Condamnés à moins

Aux Francos, on a vu trop grand, même si l'occasion était rare et la rencontre proposée, d'une véritable grandeur. Fallait-il vraiment Wilfrid, samedi soir, pour Le Condamné à mort de Genet, expérience pas du tout destinée au grand nombre? Wilfrid solennel, froid, réverbérant dans l'espace de ses rangées vides. Jeanne Moreau avait justement évoqué la veille en point de presse une représentation précédente, dans un petit lieu si plein qu'Étienne et elle étaient «sur le public»... Un Gesù eût mieux convenu, Maisonneuve à la limite.

Bon. C'était là, tant pis. Ça voulait dire l'ovation à l'arrivée du tandem, légende vivante oblige. Mademoiselle Moreau y a mis fin fissa, il a suffi qu'elle se mette à lire l'extrait du Saint Genet, comédien et martyr de Sartre: illico, la foule s'est rassise. L'autorité qu'elle a! La voix qu'elle a! Ça n'a pas empêché les cinq musiciens (excellents au demeurant, dont Édith Fambuena des Valentins) de l'enterrer la plupart du temps. On perdait même par moments le velours du timbre d'Étienne Daho sous ces beaux arrangements de la merveilleuse musique signée Hélène Martin: dommage.

La bio sartrienne de Genet n'était pas moins éclairante, le poème de Genet pas moins saisissant. On attrapait des vers au passage. A-t-on jamais mieux exprimé le désir homosexuel? «Adieu, couilles aimées...», a dit Jeanne. «Adore à deux genoux comme un poteau sacré mon torse tatoué», a dit Étienne. Il était splendide en noir, elle magnifique en blanc. Inoubliables, malgré l'endroit.

On n'oubliera pas non plus Pierre Lapointe, dont l'heure en lever de rideau était un spectacle en soi: on l'entendait parfaitement, lui, sa voix de dandy tragique, son piano lyrique, ses images torturées, ses nouvelles chansons (dont l'histoire d'une mère qui tue ses enfants...), ses présentations coquines, son hommage à Léveillée (Emmène-moi au bout du monde). Idéal pour Wilfrid, paradoxalement.