Musique classique - Les nouvelles ambitions d'Arion

Arion lancera le Festival Bach de Montréal. L’Orchestre baroque répète jusqu’à 25 heures par programme, soit au bas mot le double d’un orchestre symphonique.
Photo: Source Arion Arion lancera le Festival Bach de Montréal. L’Orchestre baroque répète jusqu’à 25 heures par programme, soit au bas mot le double d’un orchestre symphonique.

Vendredi et samedi prochains, à l'église Saint-Viateur, l'Orchestre baroque Arion lancera le Festival Bach de Montréal avec la Passion selon saint Jean, dirigée par Alexander Weimann. Ce sera aussi le premier rendez-vous de la trentième saison de l'ensemble, dont la flûtiste Claire Guimond est la directrice musicale.

Au départ, en 1981, Arion était un quatuor formé de Claire Guimond (flûte), de Chantal Rémillard (violon), de Betsy MacMillan (viole de gambe) et de Hank Knox (clavecin). Désormais, et depuis une douzaine d'années, Arion est pleinement un orchestre baroque jouant sur instruments anciens.

«Le fait d'être partis de loin avant de devenir un orchestre explique que nous prenions notre temps pour nous développer», dit Claire Guimond en entrevue au Devoir, prenant un point de comparaison à Toronto, où Tafelmusik est d'emblée né comme un orchestre.

L'exemple de Tafelmusik habite Claire Guimond, qui avoue «travailler sur la comparaison». L'expérience de l'ensemble torontois est édifiante à plus d'un titre et inspire des axes de développement à Arion.

Permanence


En octobre 2009, interviewé par Le Devoir sur les 25 ans des Violons du Roy, Bernard Labadie avait cité, parmi les moments les plus importants de la vie de son orchestre, «1992, l'année où les musiciens sont devenus permanents, c'est-à-dire où nous avons pu accorder un contrat leur permettant de vivre décemment. Nous sommes passés de huit ou neuf semaines de travail à vingt».

C'est très exactement ce tournant qu'ambitionne Claire Guimond pour Arion. «Nous avons un nombre substantiel d'activités, mais les musiciens restent engagés d'un projet à l'autre. Cela prend un nombre critique d'activités pour changer le statut des musiciens et les employer à la semaine, un certain nombre de semaines par année.» «Accroître nos activités, notre présence et notre structure», voilà le but que se fixe la directrice d'Arion, qui voit cette problématique un peu comme «l'oeuf et la poule». Faut-il développer l'organisation pour avoir plus d'activités ou développer les activités pour avoir une organisation plus solide? Claire Guimond a décidé de travailler sur les deux parallèlement. Pour bénéficier de la permanence et ne pas simplement passer d'un projet à l'autre, une saison montréalaise d'Arion pourrait comporter une dizaine de programmes annuellement, comme dans le cas de Tafelmusik.

Comme bien des ensembles en quête d'une salle de concert, Arion n'a pas été gâté ces dernières années et se transformait en ensemble itinérant. «Nous étions connus pour faire nos concerts à la salle Redpath. Mais cette salle est au sein de l'Université McGill et sa vocation est d'abord de servir les activités de l'université. Pour notre programmation, cela posait un problème majeur. Nous devons planifier un ou deux ans à l'avance pour engager les solistes et les chefs, mais l'université ne pouvait pas nous réserver des dates aussi longtemps à l'avance.»

Arion s'est donc baladé. Non sans conséquence. «La salle Claude-Champagne est une très bonne salle, mais nous avons constaté qu'elle n'est pas très appréciée de notre public. L'an passé, nous avons perdu des abonnés, qui nous sont revenus cette année.» Cette «grosse préoccupation» appartient au passé puisque Claire Guimond est en train de programmer sa saison 2011-2012 dans un nouvel endroit: la future salle Bourgie.

Les travaux sur le site de l'église Erskine & American United, attenant au Musée des beaux-arts, sont en train d'engendrer, dans la chapelle de l'église, une salle de concert administrée par la Fondation Arte Musica, du mécène Pierre Bourgie. Avec une jauge de 450 places, la nouvelle salle en comptera cent de plus que la salle Redpath. «Pouvoir nous installer dans ce lieu, même si nous n'en sommes que locataires, va être très important pour nous», confie Claire Guimond, qui compte dans un premier temps s'y installer au rythme auquel les fidèles d'Arion sont habitués: des concerts les vendredis et samedis soir, ainsi que le dimanche après-midi. «Nous aimerions, en fidélisant un public dans cette salle, passer de trois à quatre représentations par programme et de cinq à huit programmes par année.» Claire Guimond se donne cinq années pour remplir cet objectif.

Mosaïque


Sur le plan artistique, le modus vivendi d'Arion ne changera pas: «Arion est bien établi en tant qu'orchestre, avec une personnalité, une sonorité, même si nous ne travaillons qu'avec des chefs invités.» Le répertoire s'étend du baroque à Mozart et Haydn. Contrairement à Tafelmusik, Claire Guimond n'a aucune intention d'entraîner Arion dans l'exploration de Beethoven. Elle préfère «faire découvrir du répertoire sous un angle nouveau, avec une énergie nouvelle», et insiste sur la possibilité de se renouveler en cultivant des relations suivies avec des chefs invités de diverses nationalités.

Ce qui les amène à Montréal? Le fait qu'Arion ne lésine pas sur le temps de répétition: jusqu'à 25 heures par programme, soit au bas mot le double d'un orchestre symphonique. «Les musiciens de Montréal sont connus pour leur envie d'apprendre et leur ouverture d'esprit. On ne trouve pas cela sur d'autres marchés. Les chefs adorent cela», résume la directrice musicale. Certains reviennent, d'autres pas. Il suffit de regarder la programmation pour voir qu'Arion se sent à l'aise avec des musiciens tels que Jaap Ter Linden ou Cary Cooper.

Alexander Weimann, qui dirigera la Passion selon saint Jean de Bach, vendredi et samedi, est, lui aussi, un revenant. Claire Guimond ne tarit pas d'éloges sur lui, relevant notamment l'aptitude du chef allemand à diriger aussi bien les chanteurs que les instrumentistes. «C'est un musicien qui va à l'essence de la musique. Il est discret, mais il sait comment faire sortir le meilleur des gens. Sa qualité première, c'est d'être au service de la musique. Cela peut avoir l'air banal, mais pour pas mal de chefs l'ego compte souvent plus que la musique.»

Cette Passion selon saint Jean sera enregistrée en disque pour Atma. Le Festival Bach, lui, se prolonge jusqu'au 8 décembre.

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ARION AU FESTIVAL BACH
Passion selon saint Jean. Arion Orchestre baroque et Les Voix baroques, dir. Alex Weimann. Avec Shannon Mercer, soprano; Matthew White, alto; Lawrence Wiliford, ténor; Nathaniel Watson, basse (Pilate); Joshua Hopkins, basse (Pierre); Stephan MacLeod, basse (Jésus) et Jan Kobow, ténor (Évangéliste). Église Saint-Viateur, vendredi 26 et samedi 27 novembre à 20h. Billets 514 581-8637.

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Trois rendez-vous majeurs du Festival Bach

- David Daniels et The English Concert. Le 2 décembre.

- Le Studio de musique ancienne présente les Motets. Le 5 décembre.

- Jean Guihen Queyras joue les Suites pour violoncelle. Le 8 décembre.

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