Edna Stern, un regard sur la musique

Edna Stern<br />
Photo: Edna Stern
La question est: comment sera-t-elle «en vrai»? Il y a tellement de moments de poésie et de magie sonore dans les disques d'Edna Stern qu'on se demande si l'on va réellement vivre cela en direct...

Le disque, objet potentiel d'illusion musicale à coup de nombreux et habiles montages, est parfois trompeur. On en a connu, des artistes sertis de «Diapason d'or» — distinction éditoriale française qui semble perçue par certains, ici, comme le sacro-saint autel de la béatification musicale — qui, en concert, avaient du mal à aligner deux phrases cohérentes de suite.

Cela dit, si je devais faire un pari personnel, j'irais voir avec confiance la pianiste israélienne, qui s'est forgée auprès de quelques mentors intéressants, Krystian Zimerman et Leon Fleischer notamment.

Pianos anciens

Née à Bruxelles il y a 33 ans, Edna Stern débute au piano à sept ans en Belgique et poursuit son apprentissage à Tel-Aviv, où ses parents déménagent alors qu'elle a 11 ans. Adolescente, elle retourne en Belgique, puis, à 20 ans, est admise dans la classe de Krystian Zimerman à Bâle, en Suisse. Elle y restera quatre années. Elle passera ensuite un an auprès du célèbre pédagogue Leon Fleischer à Baltimore. Les goûts d'Edna Stern pour l'exploration des sonorités la conduisent ensuite à s'intéresser de très près aux pianoforte anciens.

Le «choc Edna Stern», je l'ai vécu en écoutant son disque Bach (sur piano moderne), sélectionné en décembre dernier par Le Devoir comme l'un des 10 CD classiques de 2009. Edna Stern enregistre pour Zig-Zag Territoires, petite étiquette française, distribuée ici par SRI. Le dernier CD en date, un récital Chopin sur un pianoforte du Musée de la Villette à Paris, est cependant édité par Naïve. Sur ce coup-là, je n'ai pas suivi la pianiste: il y a de vieilles crécelles qu'il vaut mieux laisser dans les musées.

Sans l'exprimer ainsi, Edna Stern déclare au Devoir: «Je continue le pianoforte pour moi, mais je ne vais enregistrer désormais que sur piano moderne. Le pianoforte est tellement difficile à capter que je ne suis pas sûre de servir au mieux l'instrument et la musique.» C'est clair.

Bach, Nat et les autres

Dès le début de sa carrière discographique, Edna Stern a marqué les esprits en 2005 par un disque à concept, Chaconne. «Le but était d'explorer le regard de différents compositeurs sur une même pièce; une pièce qui change à travers le temps, les regards et l'interprétation.» L'éditeur qui a refusé le projet, avançant que «vendre quatre fois la même pièce dans un disque cela ne va jamais marcher», doit s'en mordre les doigts.

«Ce qui m'intéresse le plus, c'est de donner une interprétation des oeuvres que je joue», affirme celle dont Schumann est le compositeur romantique préféré. Dans cette interprétation est inclus le concept sonore: «C'est très important pour moi de créer un univers sonore par compositeur ou par époque. C'est un enseignement que j'ai tiré des pianoforte, qui sont très différents à dix ans d'écart. C'est personnel, mais, oui, il y a une recherche.»

Le répertoire d'Edna Stern repose sur une pyramide avec, à la base, Bach. «Tout se développe à partir de là. Donc, Bach, Mozart, Beethoven, Schumann, Brahms et, bien sûr, Chopin.» La pianiste, qui vient d'enregistrer trois concertos de Mozart, apprécie le dialogue avec un orchestre pour «l'énergie et la puissance de son lié au nombre», même si elle aime le contrôle absolu et la liberté du récital.

Quels sont les pianistes de l'histoire qui l'inspirent? «Je suis une admiratrice d'Yves Nat, un vrai interprète, j'adore Edwin Fischer dans Bach et Beethoven et Rachmaninov jouant Chopin. Il y a aussi ces interprètes qui ont joué des oeuvres de manière inoubliable. La version Cortot des Préludes de Chopin, c'est pour moi "la" version.»

Une pianiste à la hauteur de ses modèles? Réponse très vite.