Concerts classiques - Un quatuor phénoménal

Profitant du chemin accompli pour aller voir Placido Domingo vendredi, il nous a paru intéressant de pousser un peu plus loin dans Charlevoix, malgré la pluie et le brouillard, pour aller visiter le Domaine Forget et entendre le Quatuor Pacifica. Sacrée bonne idée...

Ce quatuor, qui n'est pas encore reconnu à sa juste valeur, s'est fait remarquer par son intégrale Mendelssohn, publiée par l'étiquette Cédille, de loin la meilleure interprétation de ces quatuors, devançant les fameux Emerson (Deutsche Grammophon) et les Cherubini (EMI).

Ce que le disque nous avait annoncé, nous le trouvons encore plus patent et amplifié dans la vraie vie. Le contrôle sonore, la fusion, la complicité, l'imagination et la culture du Quatuor Pacifica en font, à mon avis, l'un des trois meilleurs quatuors en activité. Pour donner quelques repères, le Quatuor Pacifica surpasse le Quatuor St. Lawrence de plusieurs longueurs et, sur la foi du dernier concert donné par les Prazak à Montréal, n'a même pas à craindre cette comparaison-là.

Le concert entendu samedi au Domaine Forget, magnifié par la légendaire acoustique de la Salle Françoys-Bernier, avait de quoi laisser pantois. Dès le premier mouvement de l'Opus 74 de Beethoven, il était clair que le noyau formé par le premier violon et le violoncelle menait cette barque vers des rivages rarement atteints dans l'histoire du genre, rappelant la magie sonore et musicale du trop éphémère Quatuor Orlando, dans les années 70. Le second volet de Beethoven, certes un peu lent, était véritablement hypnotique, les Pacifica poussant ensuite fort le contraste dans un 3e mouvement très vif mais toujours maîtrisé.

Après un éclairant préambule explicatif, les musiciens attaquèrent ensuite un 8e Quatuor de Chostakovitch tout en plaintes, susurrements, angoisses et confidences, avec une concentration des atmosphères et un tranchant des attaques admirables. Un seul exemple: le détail alla, dans le dernier mouvement, jusqu'à une imitation de sonorité de bayan (un accordéon russe) en opposition avec un poignant solo de violoncelle. On n'était pas loin, dans l'esprit, du Voyage d'hiver de Schubert.

Aucun problème, évidemment, dans Mendelssohn — une prestation charmeuse, vive, fluide, aux nuances creusées —, et fabuleux Four for Tango de Piazzolla en rappel. Il y a des voyages qui valent la peine. Bravo aux programmateurs, à Québec, puis au Domaine Forget, qui ont eu la clairvoyance d'offrir cette expérience à leurs spectateurs.

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DOMAINE FORGET

Beethoven: Quatuor à cordes op. 74. Chostakovitch: Quatuor n° 8. Mendelssohn: Quatuor opus 44 n° 2. Quatuor Pacifica. Salle Françoys-Bernier, samedi 18 juillet 2009.