Concerts classiques - Soirée contrastée à Montréal

La configuration de cette soirée musicale permettait au critique d'assister au concert complet de l'OSM, débutant à 19h30 et donné sans entracte, et d'arriver à la Place des Arts, juste avant le «clou» du spectacle d'ouverture de la 25e Saison d'I Musici: la très colorée et rare Cantata criolla du Vénézuélien Estévez.

Zubin Mehta, à la Basilique, avait choisi de rendre hommage à Messiaen avec Et expecto resurrectionem mortuorum (1964), oeuvre que le compositeur avait «conçue pour être jouée dans une église, en supposant la résonance, l'aura et même les rebondissements de sons que l'on peut obtenir dans un tel lieu.» Écrit pour bois, cuivres et percussions métalliques, Et expecto, est en quête (toujours selon Messiaen) de «la grandeur des Symboles et la révérence du Sacré par des fortissimo terribles et de mystérieuses résonances.» Celles-ci se manifestent au plus fort dans les trois derniers des cinq volets.

Une fois étagées les dynamiques et gérée la saturation sonore de l'espace, il y a deux manières d'interpréter: une manière fluide avec des angles découpés au scalpel, façon Boulez-1993 ou Haitink, ou une manière hiératique, empreinte d'un mysticisme statique (Boulez-1966). Mehta choisit heureusement la première, privilégiant un Messiaen plus décapé, comme Kent Nagano d'ailleurs, dans d'autres partitions du compositeur.

En seconde partie, le chef se payait une cure de jeunesse en interprétant la 3e Symphonie de Saint-Saëns avec la fougue de ses vingt ans. En un peu plus de 32 minutes l'affaire était pliée, culminant dans un Finale très brillant. Le grand orgue de Notre-Dame, joué par Patrick Wedd, y fut plus en situation que dans le mouvement lent, d'une non-communication orgue-orchestre catastrophique, l'instrument - fort bruyant - poussant l'orchestre à accélérer. En regard de ce sinistre ratage, Pierre Grandmaison qui ouvrait le concert avec une interprétation idéalement étagée de L'Apparition de l'Église éternelle de Messiaen, a fait un sans-faute.

À la Place des Arts, Yuli Turovsky dirigeait la Cantata criolla en faisant surtout attention à ne pas créer de décalages. L'atmosphère profano-sacrée a été sauvée par le chant très agissant des solistes et les couleurs vocales volontairement frustes (paysannes) du choeur. Héros de la soirée, le ténor Idwer Alvarez a prouvé qu'il n'avait rien perdu de sa faconde et de son brio.

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OSM

Messiaen: Et expecto resurrectionem mortuorum. Saint-Saëns: Symphonie n° 3 «avec orgue». Direction: Zubin Mehta. Basilique Notre-Dame, mercredi 17 septembre.

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I MUSICI

Antonio Estévez: Cantata criolla. Idwer Alvarez (ténor), Franklin de Lima (baryton), Grand Choeur de Montréal, dir. Yuli Turovsky. Théâtre Maisonneuve, mercredi 17 septembre.
1 commentaire
  • Danielle Gauvreau - Abonnée 19 septembre 2008 18 h 24

    Merci de votre commentaire

    Le Grand Choeur de Montréal est formé de gens de diverses professions qui ont des journées de travail très remplies. Techniquement, notre chef est très bon, mais comme bien des chefs de choeur, il lui arrive de ne pas comprendre les exigences de nos tâches professionnelles durant le jour (libre à vous de lire entre les lignes). Les chefs de choeur et les directeurs d'orchestre devraient avoir un code de déontologie comme bon nombre d'entre nous. Nous sommes en amour avec la musique, plusieurs d'entre nous sommes musiciens amateurs de qualibre non négligeable et qui ont décidé d'adopter d'autres professions. Monsieur Turovsky nous a très bien dirigé et il en tout le mérite.

    Gilles Gadoua