Un grand opéra fait par des petits

Les jeunes artistes ont écrit les textes, composé la musique et fabriqué les décors de l’opéra qu’ils présenteront dans trois semaines.
Photo: François Pesant Les jeunes artistes ont écrit les textes, composé la musique et fabriqué les décors de l’opéra qu’ils présenteront dans trois semaines.

Le compte à rebours est commencé pour la centaine d'élèves de la fin du primaire de quatre écoles du sud-ouest de Montréal qui ont monté de A à Z une adaptation de leur cru de l'opéra Un bal masqué, de Verdi. Dans moins de trois semaines, ces «petits rats de l'opéra» présenteront le fruit d'une année d'effort: une pièce dont ils ont composé la musique, écrit les textes et pour laquelle ils ont fabriqué les décors.

La fébrilité était palpable hier lors d'une visite des différents ateliers au Centre récréatif et sportif Gadbois, où les jeunes des écoles Jeanne-LeBer, De la Petite-Bourgogne, Saint-Zotique et Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours se retrouvent trois heures par semaine pour monter leur pièce.

Les enfants travaillaient avec beaucoup de sérieux. «Il faut se donner à fond. Quand c'est le temps de faire quelque chose, il faut le faire sérieusement. Il faut bien apprendre son texte par coeur pour ne pas retarder les autres», confie Noëlly, 12 ans, qui joue un rôle de capitaine. Le projet a aussi un côté libérateur. «J'aime être sur scène et jouer un personnage qui ne me ressemble pas. Je peux sortir toutes les émotions que j'ai eues dans la semaine», ajoute Ariane, 12 ans, choriste.

L'aventure, baptisée coOpéra, a commencé en septembre avec le choix d'une des oeuvres au programme de l'Opéra de Montréal (OdeM), qui participe activement au projet. Les jeunes visitent ensuite les coulisses de l'OdeM, assistent à un atelier lyrique avec de vrais chanteurs, se familiarisent avec le maquillage, la fabrication des costumes, la chorégraphie, l'infographie d'une affiche de spectacle et tutti quanti.

À l'école, on travaille la musique et les textes, s'assurant de créer un grand nombre de rôles pour que chacun y trouve son compte. Après les Fêtes vient le temps de la spécialisation. Les élèves choisissent leur rôle: la musique, le jeu théâtral, le choeur, la danse, la fabrication des décors...

Outre la découverte des différentes facettes de l'univers méconnu de l'opéra, le projet, qui en est à sa quatrième année, a aussi des vertus pédagogiques, note le coordonnateur du projet, Luc Therrien. «On a constaté une baisse d'absentéisme marquée. Quand il y a une journée pédagogique, les jeunes viennent même répéter. On a renversé la vapeur. J'ai même vu des enfants demander à leurs parents de retarder un déménagement pour pouvoir participer à coOpéra», explique M. Therrien, qui mène le projet bénévolement, en même temps que son emploi de directeur du service de garde de l'école Jeanne-LeBer.

Le projet facilite aussi l'intégration des petits nouveaux à l'école secondaire. «Ce n'était pas un des objectifs a priori, mais on a constaté une diminution des conflits à l'école secondaire parce que les jeunes des différentes écoles se connaissent déjà», poursuit M. Therrien.

Pour le directeur artistique de l'Opéra de Montréal, Michel Beaulac, coOpéra s'inscrit tout à fait dans la lignée de la mission de démocratisation que s'est donnée l'entreprise culturelle. «Chacun des élèves y trouve son compte. Dans un milieu comme celui du Sud-Ouest, d'où je viens, on a soif de valorisation, de réalisation et de créativité», affirme M. Beaulac.

Les artistes en herbe se produiront les 28 et 29 mai à la salle Jean-Grimaldi, dans l'arrondissement de LaSalle.