Concert classiques - Tharaud joue juste

Fin de saison prometteuse pour l'ensemble de Yuli Turovsky, qui accueillait hier soir le pianiste français Alexandre Tharaud dans le Concerto en sol de Ravel, avec, en plus de cette visite prestigieuse, la création d'une oeuvre de José Evangelista, l'interprétation d'une symphonie de Prokofiev et le retour de Chostakovitch à travers l'une des transcriptions de quatuors réalisées par Rudolf Barshaï.

Concernant cette dernière, le rédacteur de la notice, Robert Markow, habituellement mieux avisé, a décrit dans le programme une autre adaptation que celle de Barshaï, qui est bel et bien une «symphonie de chambre», c'est-à-dire une transposition symphonique pour orchestre réduit. Ce format dépasse largement la portée d'un simple élargissement pour cordes d'un quatuor et les bois y tiennent un rôle important.

Le travail de Barshaï sur cet Opus 83 de Chostakovitch nous transporte sur des rives qui se rapprochent davantage de la 5e Symphonie (cf. le climax du second mouvement) que de l'esprit des quatuors de Haydn, que certains commentateurs y voient en filigrane. Turovsky aime plus que tout l'univers de ces symphonies de chambre et cela se perçoit à chaque recoin de phrase.

En début de concert, l'oeuvre de José Evangelista nous a valu une belle surprise. Il s'agit de saisons, mais dans un esprit souvent minimaliste, avec le retour de ritournelles obsessionnelles. Lune d'hiver fait penser à une musique de film pour une intrigue de Claude Chabrol, Pluie d'automne a des teintes nippones et les Brises d'été évoquent Phil Glass. Tout cela est audible et plaisant.

La Symphonie classique a été croquée avec esprit mais aussi quelques approximations de la part des violons. Quant au Concerto en sol de Ravel, Alexandre Tharaud y a défendu la vraie école française, celle de la rigueur et de la clarté, qui fuit comme la peste cette eau de rose dont on parsème souvent la partition (cf. Thibaudet-Dutoit au disque). Avec David Fray au Métropolitain, Alain Lefèvre à l'OSM, et, hier, Tharaud avec I Musici, Montréal a eu la chance d'entendre trois défenseurs de cette esthétique. L'invité d'hier nous a donné en rappel une pièce de Couperin, jouée de manière étincelante, avant de reprendre le Finale du Concerto joué par l'orchestre (cors, clarinettes) de manière encore plus approximative que la première fois.

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I MUSICI.

Chostakovitch: Symphonie de chambre d'après le 4e Quatuor (arr. Barshaï). José Evangelista: Concerto des saisons. Prokofiev: Symphonie n° 1 «Classique». Ravel: Concerto pour piano en sol. Alexandre Tharaud (piano), I Musici, Yuli Turovsky. Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, mercredi 16 avril 2008.