Concerts classiques - Simplement

Le cycle symphonique Beethoven de Yuli Turovsky s'est arrêté — pour des raisons budgétaires — aux portes de la 9e Symphonie, mais proposait hier soir le 3e Concerto pour piano, celui que nous entendrons bientôt par Alfred Brendel à l'OSM.

Elisso Virzaladze, la soliste, venait pour la première fois à Montréal. C'est une grande dame du piano et elle a démontré hier soir pourquoi elle inspire le respect: sa droiture musicale en des temps où les interprètes gesticulent de plus en plus autour de la musique. Elisso Virsaladze ne s'embarrasse pas de ralentis inutiles ou de «beaux gestes», elle avance, tout comme Turovsky, d'ailleurs, qui, dès l'introduction orchestrale, retrouve l'inspiration et la force motrice de sa 5e Symphonie, il y a deux saisons. Les nuances, Virzaladze en dispose, comme le montre le passage entre la cadence et la fin du premier mouvement, tout à l'écoute de l'orchestre, mais elle en use avec parcimonie. Et quand elle reprend, en rappel, le Finale du concerto c'est pour le jouer avec encore plus de joie et de rayonnement. Du coup, on oublie que ce piano est un peu trop gros, face à trop instrumentistes.

Dommage que cette grande dame ait eu maille à partir avec une «casserole de Maisonneuve». Le piano entendu hier soir mérite une sérieuse révision, car plusieurs notes du milieu du clavier (notamment autour du do et du ré, très sollicités dans le Rondo) ont été affublées d'étranges résonances métalliques dès le milieu du premier mouvement. Yuli Turovsky nous a assuré qu'elles n'étaient pas apparues en répétition. Cela ne retire rien à Virzaladze, mais n'est pas une carte de visite reluisante pour Montréal.

En première partie, après l'ouverture de Coriolan, Turovsky présentait la Symphonie d'Iéna de Friedrich Witt qu'on a pris un temps pour un essai de jeunesse de Beethoven. Il s'agit quasiment d'un pastiche d'une symphonie de Haydn, très agréable a écouter et qui ne méritait ni l'intérêt reçu quand on l'attribuait au grand Ludwig, ni l'oubli dans lequel elle est tombée depuis qu'on sait qu'elle n'est que d'un obscur sans-grade de la musique.

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Collaborateur du Devoir

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I MUSICI

Witt : Symphonie d'Iéna. Beethoven: Ouverture Coriolan, Concerto pour piano n° 3. Elisso Virzaladze, I Musici de Montréal, dir. Yuli Turovsky. Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, mercredi 23 janvier