Concerts classiques - Pacific 231, version baroque

En acceptant de l'ensemble Il Gardellino, qu'il présente, dimanche 2 décembre, non pas le 2e Concerto brandebourgeois, mais le Cinquième, la direction du Festival Bach a préservé l'intégrité physique des oreilles de ses spectateurs, mais a entériné une étrange redondance.

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FESTIVAL BACH
«Bach profane». Suite orchestrale no 2. Concertos brandebourgeois no 4 et 5. Concerto pour clavecin BWV 1052. Gary Cooper (clavecin et direction), Arion. Salle Redpath, vendredi 7 décembre.
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Je m'explique. Le Second brandebourgeois fait la part belle à la trompette, et si le trompettiste d'Il Gardellino avait joué cette partition comme il pédala, ce soir-là, dans la Cantate BWV 51, nous aurions énormément souffert. Par contre, les 4e et 5e Brandebourgeois ont donc été joués, à cinq jour d'intervalle, par deux ensembles différents. Cela peut amuser le critique. Pour le spectateur, je n'en sais rien.

L'optique d'Il Gardellino et d'Arion est forcément différente puisque l'effectif d'Arion est au moins deux fois plus important, avec, en corollaire un son plus cossu, une cohésion plus délicate et une attention permanente à porter au dosage clavecin-orchestre.

Le clavecin joue en effet un rôle prépondérant dans le 5e Brandebourgeois — et dans le concerto, évidemment. Dans ce concerto, entendu deux fois à Montréal il y a tout juste un mois, Gary Cooper nous a véritablement «rincé les oreilles». La manière de cet étonnant musicien m'a fait penser à une oeuvre d'Arthur Honegger, Pacific 231. Pacific 231 est un mouvement symphonique en l'honneur d'une locomotive, qui, en son temps, avait battu le record de vitesse sur rails.

Le Bach de Gary Cooper n'est pas hâtif, mais il évolue avec une force motrice étonnante, comme un rouleau compresseur. Le seul moment de répit dans le concerto (dont le second volet adoptait une pulsation idéale) est la cadence du 3e mouvement. Elle est de Cooper lui-même et je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu une cadence aussi libre, intelligente et ludique depuis celle d'André Previn dans son enregistrement du 20e Concerto pour piano de Mozart. Ce fut la patte d'un grand musicien.

Le défaut de Gary Cooper en tant que chef est d'appuyer un peu trop certains temps (Polonaise de la 2e Suite) ou fins de phrases (introduction du concerto) par des coups d'archets aux violoncelles. Dans le 5e Brandebourgeois, dans lequel la flûte prenait un peu trop de place, Arion s'est fait une frayeur dans le Finale, vendredi. On peut imaginer que les quelques flottements de la première partie se sont aplanis lors des second et troisième concerts. Pour ce qui est des flûtes à bec dans le 4e Concerto brandebourgeois, Frédéric de Roos d'Il Gardellino s'est montré beaucoup plus subtil que Matthias Maute, qui soufflait comme s'il avait envie qu'on l'entende sur tout le campus de McGill!

Collaborateur du Devoir

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