Concerts classiques - Un concept, plus qu'une révélation

La notoriété encore embryonnaire de l'ensemble autrichien «moderntimes_1800» a valu hier soir au Festival Bach une assistance plus modeste qu'à l'habitude. Créé en 2003 par un violoniste et une hautboïste ayant oeuvré dans divers groupes de musique baroque, moderntimes_1800 a pour vocation de traquer la modernité inhérente à chaque époque et se veut donc un ensemble mixte (baroque et moderne - les musiciens changeant d'instruments selon les partitions) qui trouve son plaisir dans la juxtaposition de musiques de diverses périodes, joués dans l'esprit (supposé) de la pratique du temps.

Des deux fondateurs, seul le violoniste d'origine ukrainienne Ilia Korol avait fait le voyage, puisque l'hautboïste - excellent au demeurant - se nommait Andreas Helm. Korol, un peu comme Jeanne Lamon, la directrice musicale de l'ensemble torontois Tafelmusik, apparaît davantage comme un habile meneur de groupe que comme un grand soliste. Est-ce en raison du décalage, du stress dû à l'arrivée tardive du piano, ou de la volonté de vouloir différencier jusqu'à la caricature les styles de jeux? Le fait est que les prestations de Korol dans les Concertos BWV 1041 et 1060 de Bach se sont avérées très ordinaires, avec un violon souffreteux et sec délivrant des notes sans âme et pas toujours très justes. Après François Fernandez d'Il Gardellino, le Festival Bach est en train de tourner à la fiesta des violonistes qui jouent à peu près ce qu'il faudrait. En tous cas, on a mieux en la matière à Montréal, en la personne d'Olivier Brault!

Le Quatuor avec hautbois de Janitsch n'est pas un symbole de modernité, mais la présence du fameux choral «O Haupt voll Blut und Wunden» dans le troisième mouvement crée un effet de curiosité qui le sauve de l'oubli. Le grand pari conceptuel de moderntimes_1800 est cependant de jouer du Schnittke entre deux oeuvres de Bach. Je ne suis pas sûr que ce soit un service rendu à Bach. Car une musique, si ardue soit-elle, qui vient aussi ostensiblement des tripes que ce Quintette de Schnittke, avec une utilisation parfois hypnotisante du piano (martellato dans le premier mouvement, ritournelle finale) et quelques tournures fascinantes, fait paraître bien superficielle une partition telle que le Concerto pour violon et hautbois du compositeur que ce festival est censé célébrer.

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FESTIVAL BACH

Johann Gottlieb Janitsch: Quatuor avec hautbois sur «O Haupt voll Blut und Wunden». Bach: Concerto pour violon, BWV 1041, Concerto pour violon et hautbois, BWV 1060. Schnittke: Quintette avec piano (1972/76). moderntimes_1800. Église St. Andrew & St. Paul, mercredi 5 décembre 2007.

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Collaborateur du Devoir

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