Concerts classiques - Chostakovitch par accident

Les semaines se suivent et se ressemblent. Après avoir entendu, il y a neuf jours, dans la même salle, Alain Lefèvre embraser le 1er Concerto de Chostakovitch avec fougue tout en affrontant l'accompagnement faux et bâclé de l'Orchestre de chambre McGill, André Laplante, dans le Finale du 2e Concerto, a eu droit à un naufrage collectif d'I Musici.

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I MUSICI.

Mozart : Symphonie n° 15, K. 124, Concerto pour piano et orchestre n° 12, K. 414. Chostakovitch : Concerto pour piano n° 2, Symphonie n° 9. André Laplante (piano), I Musici de Montréal, dir. Yuli Turovsky. Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, le 7 février.
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Errare humanum est, disaient les Romains avec raison. Mais, si les Anciens avaient aussi inventé la formule Bis repetita placent («les choses répétées plaisent») c'est qu'il n'anticipaient pas encore les concerts symphoniques mal préparés. Non content de s'être perdu dans un passage suivant des entrées piano aux cors, puis aux violoncelles, l'orchestre ne s'est pas contenté de recommencer le Finale, à peu près correctement, mais l'a aussi «bissé», se trompant exactement au même endroit. Si c'était pour nous prouver que la préparation de ce concerto n'était pas au point, ce n'était pas la peine: on l'avait bien compris la première fois!

Les protagonistes avaient peut être lu la notice dans laquelle on apprend que le 2e Concerto de Chostakovitch «n'est pas particulièrement difficile». Erreur grossière: le Finale est rythmiquement redoutable (contretemps piano-orchestre, accentuations) et des nuances piano baveuses et mal articulées, comme on en a entendu, font immanquablement courir le risque de voir l'accompagnement s'effilocher.

André Laplante a, à ce qu'il me semble, fait ce qu'il a pu dans Chostakovitch, mais, dans le 12e Concerto de Mozart, il s'est enfermé dans sa bulle en chantonnant et en jouant assez fort, sans tenir compte que l'orchestre était réduit à dix-neuf éléments. Dans la 15e Symphonie du même Mozart, les Musici ont mis un mouvement avant d'entrer dans le concert. Ils pensaient peut-être encore à leur récente tournée en Colombie...

Yuli Turovsky avait davantage prémédité sa 9e Symphonie de Chostakovitch, bien articulée, avec un 1er mouvement narquois et un volet lent magnifié par le solo de la bassoniste, aussi admirable que les trombones. Ces derniers étaient plus concernés et dans l'esprit que les trompettes, trop éteints dans l'Allegretto final, un mouvement en-deçà des quatre autres. Il est vrai qu'après la triple ration du Yuli Horror Music Show d'avant la pause, il se faisait alors déjà assez tard...