Concerts classiques - Un Verdi de braise

Organisé par la fine fleur des ex-administrateurs influents de l'Opéra de Montréal, Hans P. Black, Sophie Desmarais et Richard Renaud, ce concert de prestige, au profit de la Faculté des beaux-arts de l'Université Concordia, se tenait dans un endroit aussi beau qu'insolite, la chapelle du couvent des Soeurs Grises, à l'angle de la rue Guy et du boulevard René-Lévesque.

Cet admirable endroit a ouvert ses portes à une interprétation embrasée du Requiem de Verdi par un Yannick Nézet-Séguin des grands jours. La chapelle est un lieu très sonore, impressionnant et gratifiant pour la musique, qui ne sature pas et ne fait pas tournoyer le son. Seul bémol: une perméabilité aux bruits extérieurs.

L'affiche était conçue autour de quatre solistes, «accompagnés de l'orchestre Métropolitain, sous la direction de Yannick Nézet-Séguin». Les faire-valoir ont volé la vedette aux stars du chant, la vision de Yannick Nézet-Séguin soulignant la crainte et l'effroi devant la mort, à travers une direction à pleine pâte, explosive et lyrique, réévaluant notamment le dosage de la grosse caisse. Certaines sonorités de l'OM ne sont pas aussi souples que celles de l'OSM, mais cela importait peu. Le chef pourra creuser davantage les quelques indications animando.

Le choeur a été concentré et juste, héroïque à la fin du 'Lacrymosa' où il s'agissant de récupérer en une fraction de seconde l'une des incuries d'intonation des solistes. Il lui manquait, par contre, quelques hommes, une articulation rythmique plus marquée et pas mal de consonnes (cf. les mots «Rex tremendae», «solvet», «Sanctus»)

Des fameux solistes, que les autres «accompagnaient», deux (le ténor Shicoff et la mezzo Blythe) s'étaient décommandés. Les quatre voix ont assurément l'ampleur nécessaire. James Morris fatigue un peu, d'où une certaine inégalité de registres et quelques notes basses, mais son «Confutatis» fut efficace. Franco Farina a impressionné par sa voix puissante et ses deux solo («Hostias» et «Ingemisco») sensibles. La soprano Sondra Radvanovsky a une voix admirable, mais affiche un défaut audible: sa note dite «de passage» est le sol aigu. À chaque fois qu'elle chante cette note (et il y en a...) son émission se crispe.

Quant à Elena Zaremba elle a failli totalement ruiner la soirée avec ses épouvantables et récurrentes fausses notes et, ce, dès un «Liber scriptus» éprouvant ou un misérable «Lacrymosa» Cela eut une influence sur l'interprétation, la soprano étant obligée de chanter fort le duo «Agnus Dei» afin de ne pas se laisser entraîner dans une spirale infernale. Aïe, aïe, aïe Zaremba...