La téléréalité amoureuse, on l’aime un peu, beaucoup, passionnément

Dans la nouvelle téléréalité de TVA, «5 gars pour moi», une célibataire âgée de 30 à 44 ans accueillera cinq prétendants chez elle et devra en éliminer un chaque soir de la semaine, pour n’en garder qu’un: l’élu de son cœur.
Photo: Fournie par Sphère Média Dans la nouvelle téléréalité de TVA, «5 gars pour moi», une célibataire âgée de 30 à 44 ans accueillera cinq prétendants chez elle et devra en éliminer un chaque soir de la semaine, pour n’en garder qu’un: l’élu de son cœur.

Notre petit écran n’aura jamais autant carburé aux émissions de téléréalité pour trouver l’âme soeur. La flamme des Québécois pour des concepts comme Occupation double ou L’amour est dans le pré reste intacte, malgré les saisons qui s’additionnent, tandis que de nouvelles formules, comme 5 gars pour moi, tentent de conquérir le public. Mais pourquoi se passionne-t-on pour ces aventures d’inconnus qui se séduisent, s’amourachent et se trahissent en direct ? Décryptage.

Lundi soir, les téléspectateurs feront la rencontre de Janie, 35 ans, en quête du grand amour. Première participante de la nouvelle téléréalité de TVA, 5 gars pour moi, la célibataire accueillera cinq prétendants chez elle et devra en éliminer un chaque soir de la semaine, pour n’en garder qu’un : l’élu de son cœur.

Au fil de la saison, huit autres femmes âgées de 30 à 44 ans se prêteront chaque semaine à cette expérience adaptée du format anglais Five Guys a Week.

Les fans de téléréalités amoureuses seront doublement servis ce printemps, puisque TVA diffusera aussi la deuxième édition de L’île de l’amour dès le 18 avril. La chaîne a également annoncé le retour en 2023 d’un de ses « plus grands succès », Si on s’aimait, avant que Le Devoir ne révèle que la populaire sexologue du docuréalité, Louise Sigouin, était visée par une enquête de l’Ordre des sexologues.

Du côté de Noovo, on se prépare pour la 16e édition d’Occupation double cet automne, et la chaîne a récemment annoncé le retour de L’amour est dans le pré pour une 11e année l’hiver prochain. De l’amour, en veux-tu, en voilà !

Un concept populaire

 

« Ce n’est pas nouveau, l’amour a toujours été porteur comme thématique. C’est dans la littérature, le cinéma, la télévision, dans nos histoires personnelles. Je pense que l’être humain est toujours à la recherche de l’être aimé, alors ça comble un besoin. Et que tu sois en couple ou seul, tu aimes aussi vivre ça par procuration », soutient Denis Dubois, vice-président de Québecor contenu, pour expliquer le succès de ce type d’émissions.

Il souligne par exemple que même si le concept de 5 gars pour moi était inconnu du grand public, pas moins de 6000 personnes se sont inscrites pour y participer. C’est sans parler des cotes d’écoute de Si on s’aimait, qui, au printemps 2021 a rassemblé en moyenne 760 000 personnes au rendez-vous quotidien. Quant à L’île de l’amour, c’est sur le Web qu’elle a cartonné l’automne dernier, avec plus de 2,4 millions de visionnements.

Le succès des téléréalités amoureuses se confirme aussi chez Noovo. L’amour est dans le pré s’est hissée au 3e rang des émissions les plus écoutées sur la chaîne cet hiver, cumulant plus d’un million de visionnements juste sur Internet. Tandis qu’Occupation double a été l’émission la plus écoutée de la chaîne cet automne en plus de fracasser un record de visionnements sur le Web (plus de 21 millions).

Ces résultats n’étonnent pas Pierre Barrette, professeur et directeur de l’École des médias de l’UQAM. « Les émissions scénarisées restent souvent loin de la réalité, alors que les téléréalités proposent de suivre des gens ordinaires qui vivent de vraies passions, de vrais échecs, de vrais sentiments, remarque-t-il. On prend plaisir à les regarder, à en parler ou à en débattre avec des amis. Ça pousse le public à se questionner sur l’éthique des comportements en société. »

Trouver l’amour avant tout ?

« Il y a un petit côté voyeur, et on aime juger les candidats. Mais les gens ont aussi besoin de se faire rassurer en se comparant aux couples qui se forment devant leurs yeux », croit pour sa part Claudie Mercier, ex-candidate d’Occupation double, qui se décrit comme une grande consommatrice de téléréalités amoureuses. « Parfois, tu te dis : “hé, nous autres aussi, on s’est chicanés sur ce sujet” ou “moi aussi, j’ai déjà été jalouse dans telle situation”. »

La jeune femme de 26 ans a elle-même trouvé l’amour lors de son passage à Occupation double en 2019, quittant l’aventure au bras de Mathieu Pellerin. Les deux amoureux vivent aujourd’hui sous le même toit et se sont fiancés.

Or, Claudie Mercier ne cache pas s’être inscrite sur un coup de tête dans le but premier de « vivre de nouvelles sensations, de nouvelles aventures ». « J’avais vu les éditions passées, et y rencontrer l’amour, c’était rare quand même. […] Je trouvais surtout ça le fun de vivre cette expérience-là, j’avais toujours voulu faire de la télé, c’était l’occasion », confie-t-elle.

Spécialiste de la télévision québécoise, Pierre Barrette a en effet constaté que la recherche de l’amour n’est plus la première motivation des candidats dans des émissions comme Occupation double ou L’île de l’amour, principalement en raison des voyages, d’activités à sensations et autres cadeaux. « Il y a aussi — et surtout — une recherche de visibilité par les candidats, pour gagner ensuite en capital financier », dit-il, rappelant que plusieurs candidats sont ensuite devenus influenceurs ou animateurs.

En revanche, il est plus facile de croire que les participants de L’amour est dans le pré, « qui s’adresse à un public plus âgé, aux valeurs plus traditionnelles », recherchent vraiment l’âme sœur. La preuve en est que l’émission est celle qui a créé le plus de couples durables au Québec. « Malgré le côté dating en accéléré, il me semble que 5 gars pour moi est dans la même lignée. Pas de voyage, pas de cadeau, on gagne juste à rencontrer quelqu’un », note le professeur.

Manne pour les diffuseurs

 

Devant l’engouement renouvelé, tant du côté des téléspectateurs que des aspirants candidats, les diffuseurs ont tout à gagner en continuant d’explorer ce filon télévisuel, estime M. Barrette.

C’est d’abord un moyen d’attirer les plus jeunes générations devant la télévision, un public très volatil et difficile à atteindre par les chaînes, qui raffolent néanmoins des jeux de séduction. Et c’est aussi une façon de produire à moindre coût.

« La téléréalité coûte moins cher que la fiction. Des participants viennent jouer, il faut les faire vivre, mais ils ne sont pas payés comme des acteurs. On ne paye pas de scénarisation non plus », explique-t-il. Sans compter la possibilité plus grande de faire des placements de produits, contrairement aux fictions, qui sont plus strictement encadrées par des lois à cet égard.

De l’avis de M. Barrette, on risque de voir TVA et Noovo se livrer une dure bataille dans ce secteur dans les prochaines années. « Les chaînes vont continuer d’acheter de nouveaux concepts, de se renouveler, de chercher ce qui fonctionne le mieux pour attirer le public. […] L’avenir nous réserve certainement encore bien des surprises sur le plan des émissions de dating. »

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