La mémoire des Autochtones célébrée

La photojournaliste canadienne Amber Bracken a remporté jeudi le premier prix du World Press Photo 2022 pour son cliché montrant des robes rouges accrochées sur des croix le long d’une autoroute de Colombie-Britannique en mémoire des enfants autochtones décédés au pensionnat de Kamloops.
Photo: Amber Bracken The New York Times

La photojournaliste canadienne Amber Bracken a remporté jeudi le premier prix du World Press Photo 2022 pour son cliché montrant des robes rouges accrochées sur des croix le long d’une autoroute de Colombie-Britannique en mémoire des enfants autochtones décédés au pensionnat de Kamloops.

La photojournaliste canadienne Amber Bracken a remporté jeudi le premier prix de l’édition 2022 du prestigieux concours World Press Photo grâce à son cliché montrant des robes rouges accrochées sur des croix le long d’une autoroute de Colombie-Britannique en mémoire des enfants autochtones décédés au pensionnat de Kamloops.

La découverte macabre de 200 sépultures anonymes sur le site de l’ancien pensionnat pour Autochtones, en mai 2021, a particulièrement marqué les esprits, tant au Canada qu’ailleurs dans le monde. La nouvelle a fait les manchettes pendant des semaines et a surtout forcé le pays à se livrer à un important examen de conscience. Des recherches menées ailleurs au Canada ont depuis permis le repérage de plus d’un millier d’autres tombes anonymes à proximité d’anciens pensionnats.

La photojournaliste indépendante basée à Edmonton s’était rendue à Kamloops, au cœur des événements, en juin dernier. C’est là, au bord d’une autoroute, non loin de l’ancien pensionnat, qu’elle a pris sa photo aujourd’hui sélectionnée par le jury du World Press Photo. L’image avait initialement été publiée dans les pages du New York Times.

Aux yeux des membres du jury, le cliché de la photojournaliste albertaine incarne parfaitement « le réveil d’une histoire honteuse » au Canada et force une réflexion sur l’héritage mondial de la colonisation et de l’exploitation. Ils ont décrit sa photo comme une « image parfaite qui capte une lumière rare, et qui est à la fois obsédante, saisissante et symbolique ».

« C’est une sorte d’image qui se grave dans votre mémoire, elle inspire une sorte de réaction sensorielle. Je pouvais presque entendre le silence dans cette photo, un moment silencieux de reconnaissance mondiale de l’histoire de la colonisation, non seulement au Canada, mais partout », a déclaré jeudi Rena Effendi, la présidente du jury mondial, par voie de communiqué.

D’autres gagnants

Dans la catégorie Série de l’année, c’est le photographe documentaire australien Matthew Abbott qui a été primé. Ses clichés parus dans National Geographic montrent comment les Australiens autochtones incendient stratégiquement les terres en utilisant le brûlage contrôlé (cool burning), une technique qui sert à déplacer lentement les feux en ne brûlant que le sous-bois et qui élimine l’accumulation de combustibles qui pourraient alimenter des brasiers plus importants.

Photo: Matthew Abott National Geographic Les clichés de Matthew Abott montrent comment les Australiens autochtones brûlent stratégiquement les terres en utilisant une technique de brûlage contrôlé («cool burning»).

Le prix Projet à long terme a quant à lui été remis à Lalo de Almeida, basé au Brésil. Sa série de photos en noir et blanc intitulée Dystopie amazonienne témoigne de l’ampleur de l’exploitation de cette région et de ses effets dévastateurs sur l’écosystème et les conditions de vie des communautés autochtones locales.

Enfin, c’est la photographe d’origine équatorienne Isadora Romero qui a décroché le prix de la catégorie Format libre pour le regard sur la « disparition des semences, les migrations forcées, la colonisation et la perte des connaissances ancestrales » qu’elle a exercé lors de son passage dans le petit village d’Une, en Colombie, d’où viennent ses ancêtres. Le jury a particulièrement aimé « son utilisation de l’audio, de la vidéo, des images fixes et du séquençage » dans son récit.

Photo: Lalo de Almeida La série en noir et blanc de Lalo de Almeida témoigne de l’ampleur de l’exploitation au Brésil et de ses effets dévastateurs sur l’écosystème et les conditions de vie des communautés autochtones locales.

Pour cette 65e édition, les juges ont dû choisir les projets gagnants parmi quelque 64 800 images soumises par plus de 4000 photographes du monde entier.

De passage à Montréal cet été

Toutes les photos lauréates de 2022 — tant au niveau régional que mondial — feront partie de l’exposition World Press Photo 2022, qui entamera sa tournée mondiale le 15 avril à Amsterdam et qui fera un arrêt à Montréal cet été.

Après deux années d’absence en raison de la pandémie de COVID-19, le populaire événement sera de retour du 31 août au 2 octobre au Marché Bonsecours, dans le Vieux-Montréal.

L’exposition fait un détour par la métropole depuis 2005. Elle soulignera ainsi sa 15e édition montréalaise.

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