Accueil favorable pour le projet de loi d’Ottawa sur le financement des médias

Ottawa a su tirer des leçons du modèle australien pour forcer les géants du Web à partager leurs revenus avec les médias, selon des experts. Mais son projet de loi déposé mardi reste imparfait et pourrait être amélioré.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Ottawa a su tirer des leçons du modèle australien pour forcer les géants du Web à partager leurs revenus avec les médias, selon des experts. Mais son projet de loi déposé mardi reste imparfait et pourrait être amélioré.

Les experts et les organismes du milieu de l’information interrogés par Le Devoir sont unanimes : Ottawa a su tirer des leçons du modèle australien pour forcer les géants du Web à partager leurs revenus avec les médias. Mais son projet de loi déposé mardi reste imparfait et pourrait être amélioré.

« C’est un numéro d’équilibriste quand même honorable de la part du ministère. On voit qu’il y a eu des efforts pour écouter les parties prenantes qui demandaient ce projet de loi depuis longtemps », souligne d’emblée Jonathan Roberge, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les nouveaux environnements numériques.

À ses yeux, le gouvernement libéral a su tirer des leçons du modèle australien, adopté il y a un an, en rendant son propre mécanisme plus « souple et diversifié ». Il salue notamment la possibilité qu’auront les médias — si le projet de loi est adopté — de négocier leurs ententes collectivement afin de permettre aux petits acteurs canadiens du milieu de mieux s’en sortir que ceux de l’Australie. « C’est à l’usage qu’on va voir si ça fonctionne, mais sur papier, c’est prometteur. On s’est donné les moyens pour y arriver. »

La Fédération nationale des communications et de la culture (FNCC-CSN), qui représente la vaste majorité des employés des médias d’information francophones au Canada, applaudit particulièrement le fait que le gouvernement ait restreint la durée de la période de négociation à six mois et qu’il ait prévu le recours à un mécanisme d’arbitrage en cas d’impasse.

De son côté, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) voit d’un bon œil les critères établis par Ottawa pour définir quels seront les médias d’information qui pourront bénéficier du programme. L’idée est claire : on souhaite combattre la montée de la désinformation en excluant tous ceux qui se présentent comme des médias, mais qui ne s’appuient pas sur les faits.

« Ça va aider le milieu. C’est un énorme coup de pouce, considérant que 80 % des revenus en publicité des médias ont été accaparés par les géants du Web », poursuit le président de la FPJQ, Michaël Nguyen. Mais encore faut-il que le projet de loi soit adopté, prévient-il, refusant de s’emballer trop vite.

De son côté, le professeur de journalisme à l’UQAM Jean-Hugues Roy croit qu’il est justement encore temps d’apporter quelques améliorations au projet de loi. Il évoque entre autres la répartition des gains que feront les entreprises de presse. « Le problème qu’on a vu en Australie, c’est qu’une bonne partie de l’argent venant des ententes avec les plateformes a surtout enrichi certains dirigeants, comme Rupert Murdoch, du groupe News Corporation, donne-t-il en exemple. Peut-on éviter ça au Canada en établissant des règles d’utilisation de cet argent ? Exactement comme on le fait avec les crédits d’impôt qui servent surtout à financer les salaires des journalistes. »

Ça va aider le milieu. C’est un énorme coup de pouce, considérant que 80 % des revenus en publicité des médias ont été accaparés par les géants du Web.

Autre faille du projet de loi, selon lui : le manque de transparence. Car à moins de se rendre à l’arbitrage, les ententes conclues entre les géants du Web et les différents médias resteront confidentielles.

« Les médias gagneraient à ce que les ententes soient rendues publiques, afin de se comparer entre eux, voir s’ils sont allés chercher le maximum possible », indique le professeur. Il en va aussi de leur crédibilité aux yeux du public. « Le fait que ce soit secret peut renforcer l’impression de connivence entre les médias, le gouvernement et les géants du Web. Pourquoi ne pas éteindre cette mèche tout de suite en rendant le processus plus transparent ? »

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