L’information vraiment autrement avec Noovo?

Le 29 mars 2021, Noovo, la chaîne généraliste de Bell Média, a lancé son bulletin de nouvelles «Le fil,» qui annonçait des reportages plus longs, des sujets et des angles différents, des voix diversifiées, plus de contenus régionaux et un style d’animation plus décontracté. 
Photo: François Perras Noovo Le 29 mars 2021, Noovo, la chaîne généraliste de Bell Média, a lancé son bulletin de nouvelles «Le fil,» qui annonçait des reportages plus longs, des sujets et des angles différents, des voix diversifiées, plus de contenus régionaux et un style d’animation plus décontracté. 

Un an après le lancement de son bulletin de nouvelles Le fil, Noovo Info dresse un bilan positif de ses débuts dans l’univers médiatique, estimant avoir respecté ses promesses d’informer autrement et d’attirer un public plus jeune. Des experts et des ex-employés estiment toutefois que du chemin reste à faire pour que la chaîne se démarque réellement de ses concurrents.

« J’ai vu des nouvelles têtes, des reportages inusités, du tutoiement qui rend le plateau plus convivial. Mais la promesse de l’info autrement, on ne l’a pas complètement atteinte. […] Quand on veut faire un format de bulletin de nouvelles, l’actualité du jour s’impose forcément, et c’est difficile de faire différemment » constate Alain Saulnier, expert médias et ancien directeur général de l’information de Radio-Canada.

Le 29 mars 2021, la chaîne généraliste de Bell Média a lancé en grande pompe son bulletin de nouvelles Noovo Le fil avec la promesse d’offrir une autre option que TVA Nouvelles et Radio-Canada. Pour y parvenir, on annonçait des reportages plus longs, des sujets et des angles différents, des voix diversifiées, plus de contenus régionaux et un style d’animation plus décontracté.

J’ai vu des nouvelles têtes, des reportages inusités, du tutoiement qui rend le plateau plus convivial. Mais la promesse de l’info autrement, on ne l’a pas complètement atteinte.

 

« On a été très fidèles à nos promesses, soutient en entrevue le directeur général, Jean-Philippe Pineault. Honnêtement, tous les jours, on a des exemples d’histoires et de façons de raconter les choses clairement différentes de nos concurrents. » Il donne pour exemple la couverture de la guerre en Ukraine par le journaliste Louis-Philippe Bourdeau qui s’est rendu jusqu’en Pologne et a livré des reportages plus « immersifs » et plus « intimistes » que la concurrence, selon lui.

Des changements ont été nécessaires au début pour trouver le bon ton et la bonne formule, reconnaît M. Pineault. Le rythme des émissions a été modifié pour qu’on puisse aborder plus de nouvelles. « Les gens qui nous regardent veulent l’essentiel des nouvelles de la journée. On a trouvé un équilibre : on continue de se démarquer avec nos histoires différentes, mais on a beaucoup intégré l’actualité brûlante du jour. »

Des départs

 

Un choix qui a néanmoins poussé certains à quitter la chaîne d’information avant même qu’elle ne souffle sa première bougie. Quatre ex-employés ayant accepté de parler au Devoir sous le couvert de l’anonymat, par peur de représailles, ont confié avoir été déçus par le produit final, qui n’était plus si différent des autres.

« Rapidement, on est retombés dans de vieux réflexes journalistiques en télévision. On couvrait ce que les autres couvraient. […] On ne sechallengeait”pas si souvent pour aller chercher l’angle différent. Ce n’était pas par manque d’envie, mais par manque de temps et de ressources [humaines] », indique l’un d’eux.

« Ce que j’ai trouvé le plus difficile, c’est que le numérique était à la remorque de la télévision, ce n’était pas développé en parallèle comme cela avait été promis, renchérit un autre ex-employé. […] Pour moi, faire de la nouvelle autrement, c’était aussi décliner les reportages pour le site Web. Mais… on n’en avait pas. » Initialement annoncé pour septembre 2021, le site Internet noovo.info n’a vu le jour qu’en janvier 2022.

Certains des ex-employés consultés ne comprennent pas pourquoi le volet numérique n’a pas été lancé plus tôt, alors que leur ancien employeur affichait clairement sa volonté d’atteindre un public plus jeune.

« Les jeunes sont sur Internet et sur les réseaux sociaux. Ils n’ont plus cette notion de rendez-vous devant la télévision pour s’informer, ils le font n’importe quand sur leur téléphone », ajoute Alain Saulnier. Le site aurait dû être lancé en même temps que les bulletins de nouvelles, selon lui, afin de donner une plus longue vie aux reportages, mais aussi faire connaître plus rapidement « la marque » Noovo Info. « Ça aurait peut-être incité plus de monde à regarder leurs bulletins de nouvelles, même en rattrapage. »

« Lancer tout en même temps n’aurait pas été une bonne idée, on se serait éparpillés. […] Il fallait prendre le temps de se trouver, voir quelle proposition on voulait offrir, développer quelque chose de qualité », répond Jean-Philippe Pineault.

Réponse du public

 

Bell Média n’a pas voulu révéler au Devoir les cotes d’écoute de son service d’information. La chaîne a néanmoins confirmé l’exactitude des données récemment diffusées par ProjetJ, tirées des sondages Numéris hiver-printemps 2022.

Ainsi, Le fil 17 h a atteint un peu plus de 60 000 personnes durant cette période, comparativement à un demi-million de téléspectateurs pour TVA Nouvelles à la même heure. Pour les éditions de 22 h, ce sont un peu plus de 75 000 téléspectateurs qui ont suivi Le fil, alors que 450 000 personnes ont choisi TVA Nouvelles et plus de 300 000 autres le Téléjournal de Radio-Canada.

« Notre plus grand défi, c’est de faire en sorte que les gens viennent voir ce qu’on fait et qu’on devienne leur nouvelle habitude », reconnaît Jean-Philippe Pineault. Il insiste cependant sur une augmentation de 37 % du nombre de leurs téléspectateurs dans la tranche d’âge 25-54 ans depuis le lancement.

Le service d’information a également réussi son pari d’attirer un public plus jeune, soutient-il. Les téléspectateurs du Fil 17 h ont en moyenne 44 ans, alors que les téléjournaux de Radio-Canada 18 h et TVA Nouvelles 17 h atteignent un public âgé en moyenne de 60 ans.

La forte présence de Noovo Info sur les réseaux sociaux contribue également à atteindre les plus jeunes générations selon M. Pineault. C’est d’ailleurs par choix que l’énergie a été mise sur le développement d’une audience sur ces plateformes avant de sortir un site Internet.

Selon les données rassemblées par le professeur de journalisme à l’UQAM Jean-Hugues Roy, Noovo Info se retrouve derrière ses concurrents en matière d’abonnés et de vues moyennes par vidéo publiée sur Facebook, Instagram et TikTok.


 

« Ça prend du temps avant que les gens s’attachent à un média, souligne M. Roy. Noovo Info n’a pas encore eu le temps de créer ce lien-là, tant à la télévision que sur les réseaux sociaux. […] Il sera intéressant de refaire l’exercice de comparaison l’année prochaine. »

Avec Laurianne Croteau

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