Des aînés privés de journal

La transmission de la COVID-19 à travers une copie papier de journal demeure théorique, explique Pierre Talbot, spécialiste des coronavirus et directeur du Laboratoire de neuro-immuno-virologie de l’Institut Armand-Frappier.
Photo: iStock La transmission de la COVID-19 à travers une copie papier de journal demeure théorique, explique Pierre Talbot, spécialiste des coronavirus et directeur du Laboratoire de neuro-immuno-virologie de l’Institut Armand-Frappier.

Confinés dans leur chambre, sans visites possibles de leurs proches et seuls pour prendre leurs repas, des aînés sont désormais aussi privés de lecture de leur journal papier. Des résidences pour personnes âgées ont décidé d’interdire la distribution de journaux et de magazines pendant la pandémie.

« Je trouve que c’est un peu abusif comme décision parce qu’ils continuent quand même à recevoir du courrier ou des commandes d’épiceries », se désole Sylvie Dubuc, dont le père n’a plus accès au Devoir.

Depuis quelques jours, les camelots du Journal de Montréal, du Journal de Québec, du Devoir et du Montreal Gazette, entre autres, ne sont plus les bienvenus dans plusieurs résidences privées pour personnes âgées.

Je suis un vieux bonhomme, je ne suis pas habitué aux nouveaux modes de communicat ion. Le journal est essentiel pour me garder informé.

« Je ne comprends pas pourquoi le journal est devenu un vecteur de contagion plus important que les autres types de livraisons », renchérit Mme Dubuc.
 

Alfred Dubuc raconte être un abonné de longue date. À 91 ans, l’historien, qui a consacré une partie de ses recherches aux questions sociales, confie ne pas être « technologiquement habile » pour s’informer autrement.

« Je suis un vieux bonhomme, je ne suis pas habitué aux nouveaux modes de communication. Le journal est essentiel pour me garder informé », dit-il.

S’il avoue s’ennuyer de feuilleter sa copie papier du journal, l’homme s’inquiète surtout du sort d’autres aînés qui pourraient voir la déprime s’installer. Sa fille aussi craint pour la santé psychologique des aînés qui sont complètement déconnectés du monde extérieur.

« On essaie d’éliminer le plus de risques de contagion possible et on s’est rendu compte que les journaux en sont, alors on ne permet plus de livraisons. Toutefois, on s’assure d’aider nos résidents à avoir accès à l’information de façon numérique », confirme Mylène Dupéré, vice-présidente des affaires publiques pour Groupe Sélection, qui possède 43 résidences à travers le Québec.

Une mesure qui a également été appliquée aux résidences du groupe LUX Gouverneurs à Montréal et à Saguenay.

Si les résidences plaident agir sur les recommandations de la Santé publique, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) assure n’avoir donné aucune consigne concernant la distribution de journaux et de magazines. « Il ne s’agit pas d’une directive qui vient du Ministère ou de la Santé publique », indique Nicolas Vigneault, porte-parole du MSSS.

La transmission de la COVID-19 à travers une copie papier de journal demeure théorique, explique Pierre Talbot, spécialiste des coronavirus et directeur du Laboratoire de neuro-immuno-virologie de l’Institut Armand-Frappier.

« On sait que le virus demeure quelques heures sur des surfaces sèches, puis ça se dissout très rapidement. Disons que c’est peu probable que ça s’avère un risque pertinent », dit-il. D’ailleurs, si la copie n’est pas partagée avec d’autres, le risque demeure faible, mentionne M. Talbot.

Une étude récente de l’International News Media Association (INMA) en est arrivée à la conclusion que la manipulation du journal papier n’était pas un facteur de risque pour la propagation du coronavirus. Depuis le début de la pandémie, aucun incident de transmission liée à la manipulation du support papier n’a été rapporté.

Le cabinet de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, n’a pas souhaité faire de commentaires.