Tournées d’été du ROSEQ: dépaysement et enracinement

Mara Tremblay 
Photo: Francis Gagnon Mara Tremblay 

Fébrilité lundi midi chez Pit Caribou, rue Rachel. Le bar du brasseur de bière de L’Anse-à-Beaufils reçoit les médias et amis du Réseau des organisateurs de spectacles de l’est du Québec (le ROSEQ), à l’occasion du dévoilement de programmation des tournées d’été. Bouchées de la Gaspésie, des Îles-de-la-Madeleine, maquereau, saumon, escargots, ça sent la mer sur le Plateau.

Et Solange Morrissette a le coeur balloté par la houle : c’est sa dernière année en tant que directrice générale du réseau. Après vingt ans, on ne peut la dissocier de sa famille de chansons, dont elle est l’âme souriante et libre, éternelle hippie pour qui tout est toujours possible. « Je vais m’ennuyer des êtres humains tellement humains, que je vais croiser moins souvent », commente-t-elle sans s’appesantir : elle est là, et le porte-parole Kevin Parent aussi, pour présenter son monde. Une quarantaine d’artistes, une trentaine de lieux de diffusion, ce n’est pas rien, ça témoigne de ce qu’elle a accompli : « Maintenant, on couvre quasiment la moitié du Québec ! »

« Dans ROSEQ, il y a ose », disait Sylvain Lelièvre…

« C’est là où j’ai commencé », rappelle Kevin, qui « faisait le tour pour coller des affiches de Lynda Lemay… » Le chanteur de Nouvelle parle de l’absence de mur entre le public et les artistes : « c’est à la fois intimidant et ça fait du bien, on peut oser, essayer des affaires, apprendre à se découvrir soi-même. »

Comme toujours, on ratissera large. La chanson populaire y côtoiera la chanson chansonnière, souvent dans la proposition du même artiste. De juin à septembre, de Lotbinière à Fermont, de Péribonka à Natashquan, on ira voir les Yoan, Mara Tremblay, Daran, Marie-Élaine Thibert, Coco Méliès, Luc de Larochellière en programme double avec Andrea Lindsay (leur petit Louis ne sera pas loin), Steve Hill, Menoncle Jason, Damien Robitaille, l’humoriste Guillaume Wagner, le groupe suédois Kongero, Diane Tell, et une vingtaine d’autres.

Le paysage changeant de la chanson

« Le portrait a bien changé depuis 20 ans », constate Solange. « Il y a beaucoup plus d’offre. Même si les diffuseurs ont beaucoup augmenté leur volume de diffusion, il est certain que ça déborde. De là la multiplication des lieux alternatifs qui fragilise l’écologie de la diffusion. Il va falloir y réfléchir ensemble. Il y a aussi les concours qui nourrissent le marché… »

Mais ce qu’il y a encore et toujours, c’est le mélange de dépaysement et d’enracinement : aller voir et entendre Daran à Carleton-sur-Mer, ou Ludovick Bourgeois à St-Onésime d’Ixworth, c’est se rencontrer vraiment. « Tu te prends moins au séreux, et surtout, tu peux pas de prendre pour un autre », résume Kevin, gratifiant Solange d’un sourire un brin coquin. Solange lui sourit aussi, un peu triste : « Ça a pas l’air, mais je shake par en dedans… ».