Médias - L'ancien d.g. de la Ville de Montréal poursuit La Presse pour diffamation

Robert Abdallah<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Robert Abdallah

L'ancien directeur général de la Ville de Montréal Robert Abdallah poursuit le quotidien La Presse et l'une de ses journalistes pour diffamation à la suite de la publication, l'an dernier, d'un article rapportant que le maire, Gérald Tremblay, liait son ancien haut fonctionnaire au scandale de la collusion dans l'industrie de la construction.

L'audition de la cause par le juge André Roy, de la chambre civile de la Cour supérieure, a commencé hier à Montréal par l'interrogatoire de Robert Abdallah et de deux de ses anciens collègues et patrons chez Hydro-Québec, où il avait travaillé pendant 27 ans avant d'occuper le poste de directeur général à la Ville, de 2003 à 2006. Elle doit se conclure lundi par les plaidoiries des avocats des deux partis. Entre-temps, elle amènera entre autres à la barre des témoins l'auteure de l'article en cause, Katia Gagnon, l'éditeur adjoint et vice-président de La Presse, Éric Trottier, l'ancien haut fonctionnaire responsable des finances à la Ville André Delisle ainsi que le maire Tremblay lui-même, vendredi.

Publié bien en vue le 24 octobre 2009 en pleine tourmente sur les scandales de la construction et à une semaine seulement des élections municipales, l'article était coiffé du titre: «Le maire met en cause un ancien d.g. de la Ville». Basé sur une entrevue exclusive avec Gérald Tremblay, le maire y disait avoir entendu parler des «méthodes particulières» de Robert Abdallah par André Deslisle, qui l'avait longuement côtoyé à Hydro-Québec. Ce dernier, poursuivait le maire, avait même démissionné sur-le-champ en apprenant l'embauche de son ancien collègue. Robert Abdallah y était cité aussi et défendait bec et ongle son intégrité personnelle.

L'ancien directeur général dit aujourd'hui avoir lu et relu la transcription de l'entrevue entre le maire et la journaliste et ne toujours pas comprendre comment on a pu en arriver à un tel article. Il n'a d'ailleurs pas l'intention de poursuivre qui que ce soit d'autre que La Presse et sa journaliste, à qui il réclame 400 000 $ pour atteinte à sa réputation plus 100 000 $ en dommages exemplaires.

«C'était un grand leader et il était très aimé de ses employés», a dit de lui un ancien vice-président d'Hydro-Québec, Élie Saheb.

En contre-interrogatoire, la partie défenderesse a cherché à en savoir plus sur les rumeurs dont Robert Abdallah aurait fait l'objet au début des années 1980 à Hydro-Québec ou de ses liens avec l'entrepreneur Tony Accurso, qui lui a confié la direction de l'une de ses entreprises, la société Gastier, en 2008.

Son avocat, Louis Demers, a bien tenté de convaincre le juge d'empêcher ce genre de questions. «On continue de vouloir salir la réputation de mon client. L'article ne faisait même pas référence à ces faits», a-t-il plaidé sans succès.