«Du monde, des mots»: un poète sur le terrain

Tournée en 21 jours, malgré l’agenda plus que chargé de David Goudreault, «Du monde, des mots» se décline en quatre épisodes, «Transmettre», «Influencer», «Réunir» et «Libérer», où l’on croise et recroise les aspirants poètes à Montréal, à Québec et à Sept-Îles.
Photo: Radio-Canada Tournée en 21 jours, malgré l’agenda plus que chargé de David Goudreault, «Du monde, des mots» se décline en quatre épisodes, «Transmettre», «Influencer», «Réunir» et «Libérer», où l’on croise et recroise les aspirants poètes à Montréal, à Québec et à Sept-Îles.

Travailleur social de formation, le romancier, poète et slameur David Goudreault se voit comme un passeur. Depuis une dizaine d’années, il sillonne les routes du Québec pour aller à la rencontre des jeunes, des aînés, des communautés autochtones, des détenus et de gens ayant des problèmes de santé mentale afin de leur transmettre sa passion pour les mots.

« Je sais que j’ai un drôle de curriculum. J’ai l’impression que j’assume de mieux en mieux qui je suis dans le paysage culturel québécois, et cette série-là montre exactement quel personnage je peux être, un passeur qui a envie de rendre la littérature utile, vivante, décomplexée, désacralisée, mais sans rien enlever à sa puissance et à sa beauté », a-t-il confié lors d’un point de presse virtuel, tenu lundi, après le visionnement du premier épisode de la série documentaire Du monde, des mots, qui sera diffusée sur ICI Artv dès vendredi.

Dans cette série scénarisée par Catherine Emmanuel Brunet et réalisée par Marie Carpentier, avec qui il avait tourné le documentaire La santé mentale : une note à la fois (2020), l’artiste charismatique crée de petits miracles. Ainsi, on y découvre Michaël, 12 ans, qui n’aime pas le français ni la littérature. Lors d’un atelier, Goudreault se rend compte que le jeune garçon, qui fait face chaque jour à de graves troubles d’apprentissage, a l’âme d’un poète et l’encourage à poursuivre l’écriture. En juin, Michaël lancera son premier recueil de poésie.

« L’idée à l’origine Du monde, des mots, c’est d’avoir quelque chose de très accessible, de très humain et en même temps de spectaculaire par l’efficacité de la poésie. On me voit un peu déclamer, mais on entend aussi d’autres poètes, comme Naomi Fontaine et Catherine Dorion, de nouvelles voix, dont celle de Geneviève Rioux, qui sortira Survivaces le 16 mai, et, surtout, on voit à quel point ça peut bouleverser des vies. »

Écrire, dit-il

 

Au cours de la série, on fera aussi la connaissance de Nicolas, détenu de la prison de Bordeaux, dont la poésie sera acclamée par les élèves d’une école pour adultes, et de Daniel, un schizophrène que Goudreault compare à Rimbaud.

« Je ne peux pas croire qu’il n’y a pas une personne qui va prendre son crayon et son papier et qui va écrire après ça, ne serait-ce que pour se libérer, pour allumer quelque chose, s’exclame la productrice exécutive France Beaudoin, de Pamplemousse média. C’est sûr que, dans une série, on cherche à rejoindre le plus de monde possible, mais, dans ce cas-là, s’il y a une personne ou quelques personnes qui prennent le crayon, c’est déjà immense. »

L’idée à l’origine "Du monde, des mots", c’est d’avoir quelque chose de très accessible, de très humain et en même temps de spectaculaire par l’efficacité de la poésie

Tournée en 21 jours, malgré l’agenda plus que chargé de David Goudreault, Du monde, des mots se décline en quatre épisodes, Transmettre, Influencer, Réunir et Libérer, où l’on croise et recroise les aspirants poètes à Montréal, à Québec et à Sept-Îles.

« Ce n’était pas évident de structurer tout ça parce que c’est un peu un continuum, explique la productrice Stéphanie Couillard. Les quatre thèmes se retrouvent un peu forcément partout. On les a choisis plus comme guides que comme thèmes pour essayer d’avoir une structure, une histoire qui se tenait par épisode afin de ne pas répéter le même processus. »

« La force de cette série-là, c’est qu’on s’est donné le temps de tourner et de réfléchir aux rencontres marquantes avec David, à ceux qui ont été touchés par sa présence, qui se sont mis à écrire pour aller mieux, poursuit la réalisatrice Marie Carpentier. On les a suivis pendant quelques jours et on a pu les voir se transformer sous nos yeux grâce à l’écriture. Pour moi, c’est un peu ça qui a structuré les quatre épisodes. C’est émouvant de voir à quel point l’écriture peut faire du bien à des gens de milieux et d’horizons différents. »

Confirmant que la poésie a changé sa propre vie, le poète croit que la littérature passe d’abord par l’humain. « Je pense que ça va rejoindre les gens qui vont se découvrir une envie de poésie, une capacité à écrire et, ne serait-ce que pour ça, c’est parfait. Je ne pense pas que la poésie va sauver le monde, mais elle peut sauver du monde », conclut David Goudreault.

Du monde, des mots 

ICI Artv, vendredi, 21 h

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