À chacun son 11 Septembre

Rahmane Belkebiche, Safia Nolin, Chafiik, Ines et Elkahna Talbi et Mehdi Bousaidan sont les participants de la websérie «Le 11 septembre et moi», animée par Nicolas Ouellet.
Photo: Picbois Productions Rahmane Belkebiche, Safia Nolin, Chafiik, Ines et Elkahna Talbi et Mehdi Bousaidan sont les participants de la websérie «Le 11 septembre et moi», animée par Nicolas Ouellet.

Confusion, angoisse, peur et colère : si les attentats du 11 Septembre 2001 ont créé une onde de choc à travers le monde entier, ils ont carrément bouleversé la vie de jeunes maghrébins grandissant en Occident. Vingt ans plus tard, six Québécois d’origine arabe qu’on connaît aujourd’hui pour leurs talents de chanteur, de slameur, de danseur ou d’humoriste ont accepté de raconter leur histoire dans une websérie diffusée dès mercredi sur le site de Télé-Québec.

Composé de six capsules d’environ dix minutes chacune, Le 11 septembre et moi se présente comme un « docu-variété » qui plonge dans l’histoire personnelle des invités. Dans un format mêlant entrevues et performances intimistes, les artistes racontent leur « avant » et leur « après » 11 septembre 2001, lorsque, du jour au lendemain, tout a irrémédiablement changé. Dans un décor simple mais sombre, ils expliquent à tour de rôle comment cet événement les a plongés dans une complexe remise en question, autant leur rapport avec leurs origines que leur place dans la société québécoise.

L’autrice-compositrice-interprète Ines Talbi y évoque par exemple le sentiment d’exclusion qui l’a habité après les attentats. Elle parle de ces regards et ces questions qui ont perdu leur bienveillance après ce mardi de septembre 2001. Ce rejet — marquant pour une adolescente de 17 ans née à Montréal — l’a menée à exploiter le plus possible son côté québécois sur scène, sans pouvoir (ou vouloir) aborder ses origines tunisiennes et berbères. « Je trouvais qu’on m’en imposait beaucoup pour quelqu’un qui avait des références comme Passe-Partout », admet-elle dans la série. « Je suis en colère contre cet événement-là, parce que j’ai l’impression que ça m’a usurpé du temps de qualité avec mes origines, avec mon histoire. »

Photo: Adil Boukind Le Devoir Ines Talbi a un conseil pour tous les jeunes issus de minorités visibles qui s’interrogent sur leur identité: «On n’est pas responsables, on n’est pas obligés de porter l’horreur sur nos épaules.»

Elkahna Talbi — alias Queen Ka — avait 22 ans en 2001. Déjà adulte, son expérience a donc été nettement différente de celle de sa sœur. Artiste de poésie orale, elle a d’ailleurs choisi son nom de scène pour honorer la beauté de ses origines, combattre les représentations de plus en plus hostiles et tendancieuses envers les Moyen-Orientaux et donner envie aux immigrants de deuxième génération d’embrasser leur double identité.

Exutoire

« Quand tu te retrouves dans des situations comme ça, t’es mieux d’en rire que d’en pleurer », affirme le comédien Mehdi Bousaidan dans un numéro d’humour sur son arrestation par le SWAT (groupe tactique d’intervention) pour une histoire de fausse arme à feu, à la suite de ce qu’il décrit comme du profilage racial. Pour lui, qui a grandi dans un foyer algérien, l’humour est devenu un exutoire, une façon de persévérer. Et il se demande s’il serait là où il est aujourd’hui sans cet événement qui a façonné sa personnalité.

L’autrice-compositrice-interprète Safia Nolin et le rappeur du groupe Loco Locass Chafiik rendent pour leur part hommage à un Québec et à un monde métissé et uni, avec des prestations transcendant les frontières et les langues. Le professionnel en danse urbaine Rahmane Belkebiche livre quant à lui un freestyle vulnérable et animé pour souligner le rassemblement, « peu importe le moment, la couleur, le décor, avec qui on est ».

« Pour vrai, je me suis senti libéré d’un poids, comme si tout ce que j’avais ressenti dans ma tête [avait été validé] », affirme-t-il en entrevue avec Le Devoir, se disant heureux d’avoir participé au tournage de cette série. « J’étais avec des gens qui avaient process [le 11 Septembre] d’une autre manière, qui avaient réussi à répondre à ces questions-là. Ça m’a vraiment outillé et ça m’a permis de faire de belles rencontres. C’était drainant émotivement de s’ouvrir comme ça, mais j’ai été 100 % inspiré. »

Ines Talbi a par ailleurs un conseil pour tous les jeunes issus de minorités visibles qui s’interrogent sur leur identité. « On n’est pas responsables, on n’est pas obligés de porter l’horreur sur nos épaules », soutient-elle en entrevue. « Malgré ce qu’on peut nous dire, malgré les propos haineux, il faut essayer de garder le cap et de ne pas diminuer nos racines juste parce que les autres ont peur de quelque chose qui ne nous appartient pas. »

Chants, récits, prestations et échanges intimes : chaque artiste a sa manière bien à lui d’exprimer son « après » 11 Septembre dans le cadre de la websérie. Une expérience studio de 52 minutes avec tous les artistes pourra également être visionnée dès le jeudi 9 septembre.

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