«Histoire du trafic de drogue»: les fleurs du mal

Tv5

Les drogues dictent leur propre géopolitique de l’ombre en pénétrant les démocraties jusque dans leur chair. Un grand travail de sape mouliné par un appétit inextinguible pour l’argent, le pouvoir et les mirages des paradis artificiels que Julie Lerat et Christophe Bouquet exposent minutieusement dans Histoire du trafic de drogue, une courte mais dense minisérie de trois documentaires percutants arborant le sceau d’Arte.

Offerte ici par TV5, la saga superbement narrée et organisée débute au XIXe siècle avec l’opium, ce « cadeau des dieux » que les Anglais s’approprient dans l’espoir de forcer la main à la Chine autosuffisante. Rapidement, d’autres drogues apparaissent, certaines sous la forme de médicaments révolutionnaires comme la cocaïne, adoubée par nul autre que Sigmund Freud, ou l’héroïne, d’abord vendue par Bayer comme un remède miracle pour apaiser l’asthme et la toux des nourrissons. « C’est comme un mauvais génie qui sort de la lanterne », résume l’historien des drogues David T. Courtwright.

Mixant têtes parlantes de haut niveau et archives aussi précieuses que variées, la minisérie aborde le trafic des narcotiques dans son ensemble, sans négliger ses zones d’ombre en croisant histoire (petite et grande), politique (locale et mondiale), mais également économie, culture, criminalité ou faits de société. Divisée en trois temps — les origines, l’ère triomphale des barons tout-puissants et le trafic atomisé des jours présents —, cette enquête géopolitique exigeante propose surtout un récit fouillé d’un mal qui n’a pas fini de ronger l’humanité.

Histoire du trafic de drogue

TV5, les lundis 17, 24 et 31 août, 21 h