«Ted Lasso»: Jason Sudeikis joue au coach

Le coach  Ted Lasso  (Jason  Sudeikis)  planifie une  stratégie pour ses joueurs  entouré de ses fidèles acolytes incarnés par Nick Mohammed (à gauche)  et Brendan Hunt  (à droite).
Apple Tv + Le coach Ted Lasso (Jason Sudeikis) planifie une stratégie pour ses joueurs entouré de ses fidèles acolytes incarnés par Nick Mohammed (à gauche) et Brendan Hunt (à droite).

En 2013, Ted Lasso apparaissait dans une campagne de promotion de NBC Sports. Avec sa moustache garnie, son sifflet autour du cou et sa naïveté avoisinant la bêtise, cet entraîneur de football américain faisait la promotion du football européen avec autant de cœur que d’incompétence.

Son but ? Annoncer la diffusion des matchs de la Premier League aux États-Unis. Il n’y connaissait rien, bien entendu. Mais il voulait tellement, tellement comprendre. Il voulait tellement, tellement que les spectateurs soient au rendez-vous.

Personnage fictif, Ted Lasso est né de l’esprit foisonnant de Jason Sudeikis.

Scénariste pour Saturday Night Live, puis membre permanent de la bande d’humoristes de 2005 à 2013, Sudeikis s’est notamment distingué par ses imitations de George W. Bush, de Mitt Romney et de Joe Biden.

Délaissant la politique, mais restant dans le comique, il ressuscite aujourd’hui Ted Lasso, protagoniste bien peigné, engoncé dans son pull, qui se fait embaucher par un club de foot anglais même si sa connaissance de joueurs célèbres se limite à « Ronaldo — et l’autre là, qui “la joue comme lui-même” » (comprendre : comme Beckham.)

Est-ce dire que le public n’avait pas répondu à son appel lancé il y a sept ans ? Au bout de son Zoom, Jason Sudeikis s’esclaffe. « Même si le jeu vidéo FIFA et l’équipe féminine de soccer des États-Unis ont beaucoup aidé Ted Lasso à répandre la bonne nouvelle, il restait encore plein de choses à éclaircir en matière de foot pour les Américains. Comme le hors-jeu, qui ne cesse de semer la confusion. »

Produit par Apple TV+, l’ensemble détonne dans le paysage actuel, évoquant de vieux classiques du film sportif à la Waterboy. Nonos, touchants.

Comme les antihéros incarnés autrefois par Adam Sandler, celui de Sudeikis se révèle déstabilisant dans son honnêteté. « Tout au long de ma carrière, j’ai cherché des histoires intéressantes à raconter, des gens étonnants avec lesquels travailler, observe le comédien. Et c’était pareil ici. Avec Bill, on a fait nos valises et déménagé en Angleterre afin de réaliser ce projet. C’était un défi légèrement plus grand que de simplement traverser Beverly Hills pour me rendre au studio de tournage. »

Bill, c’est Bill Lawrence, le co-créateur de la série, qui a, par le passé, signé le succès médico-humoristique Scrubs. Avec entrain, Bill nous raconte à son tour qu’il est l’un des rares membres de l’équipe de production à avoir eu de l’expérience en foot. « J’ai déjà été gardien de but. Mais je ne connais toujours pas tous les règlements. »

Que les amoureux du ballon rond se rassurent : Jason Sudeikis, lui, assure s’être saprément renseigné. « Parce que je peux vous parler en long et en large, des statistiques des années 1990 de la NBA, mais de foot… » Il avait des lacunes. Comme son personnage, qui est un fin connaisseur de Van Halen, mais qui ne connaît rien à Van Dijk.

Tout au long de ma carrière, j’ai cherché des histoires intéressantes à raconter, des gens étonnants avec lesquels travailler. Et c’était pareil ici. Avec Bill, on a fait nos valises et déménagé en Angleterre afin de réaliser ce projet.

 

Faisant équipe, Jason et Bill se sont donc employés à surfer sur la mince ligne qui sépare la comédie de la caricature. Car, avec son accent grand comme ça, accentué par le mâchement incessant de sa gomme, Ted Lasso ressemble de prime abord au cliché du Yankee exagérément poli, et complètement déstabilisé sitôt qu’il quitte son univers fait de café filtre et de céréales sucrées.

Les comparses eux-mêmes avouent avoir ressenti des chocs culturels lors du tournage. Chocs qui se sont retrouvés à l’écran — tel l’emploi à toutes les sauces de l’insulte wanker, dont l’entraîneur se fait bombarder. « Quel serait notre équivalent ? Serait-ce tête de gland ? » s’enquiert joyeusement Sudeikis, en avançant que s’il utilisait ce mot dans un bar aux États-Unis, il déclencherait une bataille. « Ou plus simplement, une bataille juridique. »

« C’est assez incroyable qu’à la télé américaine traditionnelle, on nous interdise d’insérer de tels mots, intervient Bill Lawrence. Par contre, si un personnage souhaite mettre une balle dans la tête de huit ou neuf personnes, pas de problème ! 

Légère et rigolote, la série aborde aussi la toute-puissance des tabloïds britanniques — et la passion qu’ont des journalistes pour leur sport.

Une scène savoureuse montre Ted Lasso se faisant éviscérer en conférence de presse après avoir promis que son équipe « donnerait tout ce qu’elle a pendant les quatre-quarts de matchs. »

« – Des mi-temps !

– Pardon ?

– Ce sont des mi-temps !

– Ah oui, c’est vrai, pardon. Ils vont vous donner tout ce qu’ils ont durant les deux mi-temps. Qu’ils gagnent ou qu’ils perdent.

– Ou qu’ils fassent un match nul !

– Oh! C’est vrai. Vous faites des matchs nuls ici. »

Par de telles scènes, l’ensemble évoque, en mode satirique, la série documentaire Sunderland ‘Til I Die. Diffusée sur Netflix, cette production en deux saisons raconte, comme ici, les déboires d’une équipe qui ne cesse de se mettre les pieds dans les plats et de soulever l’ire de ses fans les plus fans.

Tourné dans le stade habituellement utilisé par Crystal Palace — club qui occupe présentement la quatorzième place de la Premier League —, Ted Lasso ne lésine pas sur le budget. Avoir un cachet sportif authentique était primordial, confie Bill Lawrence.

Tout comme un patronyme inoubliable. « J’adore combiner un prénom avec un nom commun, remarque Sudeikis. Si je voulais être frais chié, je dirais que c’est parce que Ted a un talent pour charmer et rassembler les gens, tel un lasso. Mais c’est juste parce que ça sonne tellement niaiseux. »

 

À voir en vidéo

Ted Lasso

Dès le 14 août sur Apple TV+