«Warrior Nun»: soeurs supérieures en action

Notons que la série Warrior Nun marque des points avec sa distribution majoritairement féminine, parmi laquelle se distingue Toya Turner (notre photo). L’actrice de Chicago a une présence explosive. Et elle éclipse souvent la star de l’ensemble, Alba Baptiste.
Netflix Notons que la série Warrior Nun marque des points avec sa distribution majoritairement féminine, parmi laquelle se distingue Toya Turner (notre photo). L’actrice de Chicago a une présence explosive. Et elle éclipse souvent la star de l’ensemble, Alba Baptiste.

Warrior Nun. Le titre évoque un film de série Z, à placer dans la catégorie « Tellement mauvais que c’est bon ». La perception est toutefois rapidement dissipée. Et ce, dès le visionnement de l’épisode pilote.

Ni particulièrement mauvaise ni particulièrement bonne, cette production de Netflix baigne dans des eaux fantastiques avec des touches religieuses.

Adapté d’une série de romans graphiques de Ben Dunn, parus pour la première fois en 1994, Warrior Nun, ou, plus joliment, Sœur d’armes en version française, est rempli de scènes de batailles bien orchestrées, où les filles combattent les méchants, les prêtres et les démons.

Dans le rôle principal, on trouve Alba Baptiste, une actrice portugaise relativement « inconnue » aux faux airs d’Ellen Page. Elle est charmante, visiblement investie dans le projet, mais elle manque parfois de naturel et de justesse.

Tout comme le monologue intérieur qu’elle récite, et qui semble souvent plaqué. Du genre : « Voici ce qu’une personne adulte pense qu’une jeune fille pense. » C’est le cas lorsque l’héroïne est sauvée de la noyade par un arnaqueur-séducteur dont elle tombe amoureuse. Ou encore lorsque, lors d’une discussion, ce dernier lui confie à quel point, selon lui, la société est brisée. Elle le regarde fixement, et lui réplique, dans sa tête : « Continue de parler, mon mignon. Je me fiche de ce dont tu parles. Je vois seulement des lèvres que je peux embrasser. »

Quel ado dirait une chose aussi nulle et, qui plus est, de si nulle façon ? Dommage pour les répliques de ce style, car du style, justement, Warrior Nun en possède. D’un côté, il y a les intérieurs d’églises poussiéreux, sombres et éclairés de chandelles. De l’autre, des plages et des maisons luxueuses investies par une bande de rebelles qui aiment les mauvais coups et la mode.

À propos de mode, la mannequin transgenre argentine May Simón Lifschitz, qui a posé pour Victoria’s Secret, fait partie du générique. Et elle déniche des tenues toutes plus chics les unes que les autres pour ses comparses à l’écran.

La force de la différence

Solitude, amitié, désir d’appartenance, soif de vivre de nouvelles expériences… la série remplie de scènes d’action explore des sujets universels, qui ont fait la gloire de multiples histoires de superhéros. Or la protagoniste, orpheline accueillie dans un couvent, aspire à être « comme les autres », mais son plan échoue lorsqu’elle se retrouve dotée de pouvoirs extraordinaires.

Elle passe à travers les murs, éviscère les vilains d’un simple effleurement de la main et revient sans cesse à la vie. Mais a-t-elle vraiment envie d’utiliser ces forces surnaturelles nouvelles ? Et, surtout, de se hisser à la tête d’un groupe de guerrières ? Car il est question de paradis et d’enfer, de forces du Mal et du Bien, d’opposition et de conjonction entre science et foi. Chaque épisode porte d’ailleurs le titre d’un verset biblique.

Le premier, « Psaume 46 : 5 », correspond au moment où l’héroïne est « choisie ». « Dieu est au milieu d’elle : elle n’est point ébranlée ; Dieu la secourt dès l’aube du matin. » Le quatrième épisode, lui, est estampillé « Ecclésiastiques 26 : 9 », soit : « L’inconduite d’une femme se lit dans la vivacité de son regard et se reconnaît à ses œillades. »

Néanmoins, encore une fois, certains dialogues semblent forcés dans leur message. « Les catholiques sont sensibles à la question de la résurrection. Sauf s’ils peuvent contrôler le récit », peut-on entendre. Ou encore : « Beau boulot du patriarcat ! Les sommités sont toutes des femmes, mais les statues représentent des mâles. » Un peu plus de subtilité n’aurait pas nui au propos.

Notons cependant que la série marque des points avec sa distribution majoritairement féminine, parmi laquelle se distingue Toya Turner. L’actrice de Chicago, vue, justement, dans un épisode de Chicago Med, a une présence explosive. Et elle éclipse souvent la star de l’ensemble. Également solide, la comédienne Lorena Andrea, qui s’acquitte avec sérieux et dévotion de son rôle de sœur Lilith.

Du côté de la réalisation, la cinéaste polonaise Agnieszka Smoczyńska (qui a signé le film de sirènes fantastique The Lure) se charge de deux épisodes. Le pilote est quant à lui conçu par Jet Wilkinson, qui a travaillé sur Jessica Jones. Sa touche est efficace, même si on a l’impression d’avoir vu 72 fois et demie déjà la scène du rave où couleurs éclatantes, drogues illicites et danse endiablée se combinent. Le créateur de la série, Simon Barry, s’occupe pour sa part de la finale. Il faut dire qu’il est un habitué du genre, ayant plongé dans le fantastique par le passé avec Van Helsing et Ghost Wars.

Se déroulant en Espagne, Warrior Nun donne parfois l’impression que l’intrigue prend place bien des décennies plus tôt. Le « look cathédrale » donne un effet volontairement vieillot. Les personnages y font d’ailleurs un clin d’œil. « Ça ne fait pas très XXIe siècle, non ? »

La trame sonore de Jeff Russo plonge dans la même veine grave et mystique. Mais certaines chansons pop choisies rappellent l’époque actuelle. Le ilomilo de Billie Eilish résonne, I Follow Rivers de Lykke Li se fait entendre et le Pink + White de Frank Ocean rythme le récit.

Un récit qui, malgré les maladresses, possède moult ingrédients d’une série à succès. Si leur mélange n’est pas toujours réussi, certaines étincelles surviennent. Et une possible deuxième saison est déjà réclamée par des fidèles convaincus.

Warrior Nun

Dès maintenant, sur Netflix