En VsD cette semaine - Amours et beautés crépusculaires

Une photo de Sebastiao Salgado dans «Le sel de la terre» de Wim Wenders
Photo: Métropole Films Une photo de Sebastiao Salgado dans «Le sel de la terre» de Wim Wenders
Chaque semaine se trouvent réunies en une même section quelques propositions de films et de documentaires accessibles gratuitement ou contre paiement en VSD.
 

Horreurs et splendeurs humaines

Après l’obtention de sa maîtrise en économie, Sebastiao Salgado était promis à une brillante carrière dans ce domaine. Or, déjà porté par un souffle militant, il fut contraint à l’exil. Naquit alors une passion pour la photographie. Des décennies durant, il parcourut le monde, captant, en noir et blanc, horreurs et splendeurs de l’humanité. Après avoir documenté le génocide au Rwanda toutefois, il en eut assez des hommes et tourna son attention vers une nature à préserver. Dans le documentaire Le sel de la terre (2014), Wim Wenders utilise des photos de Sebastiao Salgado en ordre chronologique afin de relater, en filigrane, la vie de leur auteur, alors en pleine préparation d’un projet artistique somme : Genesis.


Le sel de la terre
Gratuit sur tfo.org
 
 

Ma nuit chez Emil

On remarqua d’abord Philippe Lesage en 2010 avec son magnifique documentaire Ce cœur qui bat, mais c’est cinq ans plus tard, avec Les démons, que le cinéaste s’imposa comme une voix singulière et forte. Peu de gens le savaient alors, mais il s’agissait de sa seconde fiction après le confidentiel, et personnel, Copenhague A Love Story. Tourné sans le sou en 2014, ce beau film à la facture modeste mais pleine de promesses relate les parcours sentimentaux croisés de Philippe, un cinéaste québécois venant de terminer un contrat d’enseignement dans la ville du titre, et Emil, un ancien élève chez qui il passe la nuit après une rupture. Oui, c’est en partie un exercice de style autobiographique, mais c’est plus que ça. C’est du cinéma.


Copenhague A Love Story
Disponible à cinemamoderne.com
 

Photo: Criterion Collection Patricia Charbonneau et Helen Shaver dans «Desert Heart» de Donna Deitch

L’amour dans le désert

Autre histoire d’amour compliquée, mais finalement pas tant que ça, que celle au cœur du superbe Desert Hearts (1985), de Donna Deitch. On y suit, en 1959, l’éveil à des sentiments inédits (quoique) d’une professeure bien comme il faut qui, de passage à Reno afin d’obtenir rapidement un divorce, entame presque à reculons une liaison avec une jeune artiste. Plein de finesse et d’acuité, ce film indépendant tiré d’un très beau roman de Jane Rule, The Desert of the Heart, est devenu à raison une œuvre clé du cinéma gai. En dépit du peu de moyens à sa disposition, Deitch signe une réalisation à la fois élégante et fougueuse, comme ses deux héroïnes, ces dernières campées avec brio (et une chimie folle) par Helen Shaver et Patricia Charbonneau.


Desert Hearts
Disponible à criterionchannel.com
 
 

L’amour jusqu’à la fin

L’amour, à nouveau, aura rarement été aussi poignant que dans Les dernières fiançailles, de Jean-Pierre Lefebvre. Sur le lopin qu’ils défrichèrent eux-mêmes jadis, Armand aime Rose et Rose aime Armand. Ce, depuis cinquante ans. Mais voici que le temps rattrape le premier. Élégie minimaliste au propos aussi douloureux qu’émouvant, cette œuvre toute de délicatesse et de regards tendres bénéficie du jeu complice de Marthe Nadeau et J. Léo Gagnon. Le cinéaste insuffle en outre à cet ultime pas de deux une poésie de la terre qui éclaire sur les jardins intérieurs respectifs des époux septuagénaires. « C’était l’été, c’était l’automne, c’était l’hiver, c’était le printemps encore… La mauvaise herbe poussait, elle poussait toujours. C’est drôle les rêves, des fois, hein ? »


Les dernières fiançailles
Gratuit à tfo.org
 
Photo: Paramount Pictures Paul Newman et Susan Sarandon dans «Twilight» de Robert Benton

Pas de cadeau pour le privé

Paul Newman avait peu ou prou cet âge vénérable là lorsqu’il tourna Twilight(1998), de Robert Benton, qui venait de le diriger dans le génial Nobody’s Fool (1994). Dans ce néonoir nostalgique, le mythique acteur incarne Harry Ross, un détective privé à la retraite appelé à l’aide par une actrice — et ancienne flamme (Susan Sarandon) — et son mari (Gene Hackman) afin de ramener à la maison leur fille adolescente (Reese Witherspoon). L’intrigue trouble qui s’ensuit fait volontairement écho au passé de Newman dans le genre (Harper, The Drowning Pool), mais aussi à celui d’Hackman (Night Moves). Tous les interprètes sont inspirés, complètement en phase avec la spécificité du noir, dont certains poncifs (tel celui de la femme fatale) sont discrètement détournés. Le temps a été bon pour ce film boudé à sa sortie.


Twilight
Disponible en V.O., s.-t.f. et V.F. à primevideo.com, youtube.com et itunes.com