«Wilcox»: seul au monde

Vêtu comme un soldat, on ne saurait dire si l’homme au centre de ce 12<sup>e</sup> film de Denis Côté est un déserteur, un aventurier ou un sans-abri.
Photo: Inspiratrice Commandant GreenGround Vêtu comme un soldat, on ne saurait dire si l’homme au centre de ce 12e film de Denis Côté est un déserteur, un aventurier ou un sans-abri.

Wilcox est coupé du monde. Ce qui ne l’empêche pas d’en préparer la suite, sans se presser ni forcer. À grandes enjambées, toujours de côté, parce que résolument en marge. Vêtu comme un soldat, on ne saurait dire si l’homme au centre de ce 12e film de Denis Côté est un déserteur, un aventurier ou un sans-abri. En vérité, cela n’a aucune véritable importance, car son vagabondage hypnotique occupe tout l’espace, tenant lieu de paroles et de pensées dans un film qui n’est mutique qu’en apparence.

Cette allégorie d’une errance ordinaire met à vif nos coupures sociales, qu’elles soient volontaires ou pas. On y plonge avec une fascination croissante, s’attachant au pas de l’acteur Guillaume Tremblay, si juste dans sa retenue. Avec lui, on renoue momentanément avec des personnages tirés du Répertoire des villes disparues, opus du cinéaste lancé en 2019 à la Berlinale en des temps plus libres. Avec lui, surtout, on finit par embrasser une lenteur tranquille, ni heureuse ni douloureuse, plutôt ancrée dans l’instant.

Denis Côté ne renie pas l’étiquette formaliste qu’on lui accole. Il l’embrasse résolument dans ce film expérimental où image, son et montage dessinent une proposition narrative solide sans qu’un seul mot soit prononcé. Le montage parsemé de ruptures de Matthew Rankin lui sert de grammaire, tandis que photographie de François Messier-Rheault instille une certaine pudeur. Le bel objet, qui affiche une étrange résonance avec nos quotidiens confinés dans des villes désertées en raison de la COVID-19, est offert gratuitement sur la plateforme des Films du 3 Mars.

Wilcox

En ligne gratuitement sur f3m.ca, jusqu’au 14 avril