Les métamorphoses d’un ménage à quatre

Selon François Létourneau (à gauche), «C’est comme ça que je t’aime» est un peu l’hybride des deux piliers de son travail télévisé avec Jean-François Rivard, soit «Série noire» et «Les invincibles». Sur la photo, une scène tirée de la série.
Photo: Radio-Canada Selon François Létourneau (à gauche), «C’est comme ça que je t’aime» est un peu l’hybride des deux piliers de son travail télévisé avec Jean-François Rivard, soit «Série noire» et «Les invincibles». Sur la photo, une scène tirée de la série.

« Quand on est plus vieux, on change moins », lance Patrice Robitaille, alias Serge Paquette, à son garçon au tout début de la nouvelle série C’est comme ça que je t’aime, écrite par François Létourneau et réalisée par Jean-François Rivard. Il semble qu’il ait tout faux.

Après les deux épisodes présentés à la presse mercredi, on peut tout de suite dire que la production, à première vue épatante, se dirige plus vers des métamorphoses que vers l’inertie.

D’abord, retour à la case départ. C’est comme ça que je t’aime, mené par le duo derrière les célébrées Série noire et Les invincibles, met en scène deux couples en difficulté. C’est l’été à Sainte-Foy, en 1974, et les deux familles envoient la marmaille au camp pendant trois semaines. Trois semaines pour recoller les pots cassés, et la méthode ne sera pas orthodoxe.

Alternant toujours habilement entre le comique et le dramatique, François Létourneau propose d’entrée de jeu des personnages riches, qui au fil de la trame des deux premières heures sont en train de muter, de se reforger. Jalousie, désespoir, désir d’émancipation — et de manière plus terre à terre l’achat d’une carabine — pousseront le ménage à quatre à basculer dans la criminalité, rien de moins.

Les deux premiers épisodes de C’est comme ça que je t’aime sont certes savoureux, mais ils ne font que nous amener vers la naissance de l’espèce de gang de rue, qui a pour chef Huguette Delisle (Marilyn Castonguay), enceinte de six mois. Avec elle dans l’aventure se trouvent son mari Gaétan (Létourneau) et le couple Micheline et Serge Paquette (Karine Gonthier-Hyndman et Patrice Robitaille).

« Cette volonté de plonger dans le crime, je voulais qu’elle soit soutenue par quelque chose de fort, qu’on comprenne le drame de ces couples-là, je voulais que ces histoires de trahison soient vraiment mises en avant, expliquait François Létourneau aux médias mercredi. Pour qu’après on les suive et on les aime jusqu’à la fin. »

Selon Létourneau, C’est comme ça que je t’aime est un peu l’hybride des deux piliers de son travail télévisé avec Jean-François Rivard, soit Série noire et Les invincibles. Il y a « le couple comme porte d’entrée » et une « dérive criminelle ».

Les fans de ces deux séries ne seront pas vraiment déstabilisés par cette suite logique. Par exemple, Létourneau joue un homme un peu loser, sympathique malgré sa naïveté décourageante. On trouve aussi des personnages secondaires un peu extraterrestres (Sophie Desmarais en employée fantomatique ou un René Richard Cyr déculottant), et un casting intrigant (Chantal Fontaine et Gaston Lepage ?).

Dans les années 1970

Il y a quand même une rupture dans l’image et le son, car C’est comme ça que je t’aime nous plonge dans une autre époque. Le réalisateur Jean-François Rivard a raconté que l’équipe a dû travailler fort pour que les années 1970 soient là, cohérentes et sans trop d’anachronismes, mais qu’elles ne volent pas le show.

L’époque, on la sent aussi beaucoup dans les enjeux des personnages féminins, en quête d’émancipation ou en affirmation de leur liberté. Ne traitez pas Huguette de « petite madame », par exemple, car ça pourrait sentir la soupe chaude (ou autre chose).

« C’en est triste, à quel point c’est actuel, note Rivard. On a beaucoup avancé, mais quand on parle d’homophobie, de racisme, de sexisme, je pense qu’on ne peut pas être encore plus dedans. » François Létourneau racontait que, sur le plateau, l’équipe se disait que « les dynamiques qu’on peut montrer à gros traits, avec un certain humour, elles existent toujours, mais elles s’expriment de manière plus subtile. »

Ce qui est moins subtil dans C’est comme ça que je t’aime, c’est l’apport de tout ce qui n’est pas dit à l’écran. Et ce n’est pas un mal nécessairement. La musique et la caméra prennent ici une place de choix dans le travail de Rivard. « Je voulais une caméra narrative et pas une caméra contemplative, a-t-il expliqué. On filme souvent juste des textes, moi, je voulais que la caméra parle, qu’elle ait son sens, qu’elle fasse partie de l’histoire. L’idée, c’était d’amener tous les médias qu’on a pour raconter une histoire. »

Déjà présentée en première mondiale à la Berlinale, C’est comme ça que je t’aime hausse le niveau de ce qui se fait en fiction au Québec.

C’est comme ça que je t’aime

​Dès le 6 mars sur Ici Tou.tv Extra