De Sainte-Foy à la capitale allemande

«C’est comme ça que je t’aime» est la première série canadienne à se tailler une place à Berlin, ce qui représente un immense honneur pour l’équipe.
Photo: Téléfilm Canada «C’est comme ça que je t’aime» est la première série canadienne à se tailler une place à Berlin, ce qui représente un immense honneur pour l’équipe.

La série québécoise C’est comme ça que je t’aime est passée de son décor de Sainte-Foy à… Berlin. Écrite par François Létourneau et réalisée par son comparse Jean-François Rivard (Série noire, Les invincibles), la production a été présentée en première mondiale mardi soir lors de la 70e édition de la Berlinale, qui compte un volet pour les séries.

C’est dans le mythique Zoo Palast de Berlin, rempli au maximum de sa capacité pour l’occasion, qu’a eu lieu mardi le premier visionnement public de C’est comme ça que je t’aime. Joint par téléphone quelques minutes après la diffusion des deux premiers épisodes de la série, l’auteur François Létourneau était encore sur un nuage. « C’était magnifique, a-t-il laissé filer au sujet de son expérience. C’est la première fois qu’on présentait la série devant des gens, et les réactions pendant plusieurs scènes m’en ont appris sur l’histoire. J’étais assis à côté de Jean-François Rivard et on n’en revenait pas. »

C’est comme ça que je t’aime se déroule en 1974 à Sainte-Foy, où deux couples en difficulté se plongent dans des aventures rocambolesques, au point de se retrouver impliqués dans le crime organisé. La série, qui se retrouvera le 6 mars sur Tou.tv Extra, met notamment en vedette l’auteur, François Létourneau, Patrice Robitaille, Karine Gonthier-Hyndman et Marilyn Castonguay.

Cette dernière a qualifié l’expérience de mardi de « surréelle », car les séries sont très rarement présentées au grand public. « Ce que j’aimais, c’est qu’on était complètement anonymes ici. On se connaît tous un peu au Québec, on anticipe, on est capables de comprendre plus vite le niveau d’écriture, on connaît le travail de Jean-François Rivard, par exemple. Mais là, c’est complètement anonyme. C’était de voir la réaction, la rapidité avec laquelle ils comprenaient le niveau d’humour, de voir qu’ils s’attachaient aux personnages. On sentait l’engouement. »

Je ne pense pas que toutes les séries peuvent avoir une vitrine sur l’international, mais le Québec a assez de créateurs originaux pour faire sa place

C’est la sixième année que la Berlinale propose un marché pour les séries. Ce volet a commencé lundi et se déroulera jusqu’à jeudi. C’est comme ça que je t’aime est la première série canadienne à s’y tailler une place.

Pour l’actuelle édition de la Berlinale Series Market, seulement huit productions ont été sélectionnées. Dans le lot, on compte notamment des créations de la Grande-Bretagne, de l’Autriche, du Danemark et de l’Allemagne. « Ils reçoivent quoi, 80, 90 propositions de séries ? Alors, on était extrêmement honorés d’être choisis », a affirmé au Devoir la productrice Joanne Forgues, de chez Casablanca.

De Londres à Berlin

Les vrais premiers pas internationaux de la série se sont faits en décembre, lors de l’événement Content London, en Grande-Bretagne. « Après ça, les gens de Berlin nous ont demandé de présenter notre projet, raconte Mme Forgues. Les deux autres gros acteurs, Canneséries et Série Mania, aussi, alors on se faisait cruiser ! »

La productrice a décidé de choisir la Berlinale parce que le volet « Séries » n’est pas un concours, mais plutôt « une vitrine sur le monde, où on dit : voici les sept ou huit séries qui s’en viennent et qui sont hot ».

L’équipe est bien sûr présente en Allemagne dans l’espoir de vendre la série à des diffuseurs étrangers. Et le pari semble déjà payer, puisque des négociations sont en cours avec « deux ou trois pays », indique Mme Forgues. Trois petits visionnements privés destinés aux acheteurs sont aussi prévus à Berlin pour C’est comme ça que je t’aime.

Selon François Létourneau, sa nouvelle série peut voyager dans le monde, malgré la langue, les sous-titres qu’elle requiert ou l’époque du récit. « C’est plus accessible que Série noire. Je n’ai pas fait de compromis dans mon ton, mais c’est peut-être plus facile d’accès. C’est une histoire de couples assez simple, une histoire d’infidélité, d’être parents avec des enfants. C’est assez universel. »

La compétition en télévision est toutefois très forte à l’international, précise la productrice Forgues. « Pour que le Québec fasse sa place dans un milieu si grand, il faut se distinguer. Je ne pense pas que toutes les séries peuvent avoir une vitrine sur l’international, mais le Québec a assez de créateurs originaux pour faire sa place. »

Plusieurs noms connus sont du groupe des huit séries choisies cette année à Berlin. On note le célèbre réalisateur Damien Chazelle (La La Land, Whiplash), qui est derrière deux épisodes de la série française The Eddy prévue pour Netflix. Cate Blanchett a cocréé et joue dans Stateless, une production australienne, aussi présentée en première mondiale à Berlin. La série américaine Dispatches from Elsewhere, prévue pour le réseau AMC, met aussi en scène Jason Segel (Bad Teacher, How I Met Your Mother), qui a créé, réalisé et joué dans la production.

Sur Twitter, la p.-d.g. de Radio-Canada, Catherine Tait, s’est dite « extrêmement fière » de voir la série C’est comme ça que je t’aime être de la 70e Berlinale. Lors de l’annonce de la diffusion de la série à Berlin, la directrice générale de la télévision à Radio-Canada, Dany Meloul, avait déclaré qu’il s’agissait là « d’une visibilité extraordinaire pour nos créateurs et notre culture ».