Sur vos écrans: violences américaines

«Torture propre: une invention américaine»
Photo: Petty Officer 1st class Shane T. McCoy U.S. Navy «Torture propre: une invention américaine»

La torture « acceptable »

 

Il y a les blessures qui laissent des traces bien visibles et celles qu’on ne peut constater au premier coup d’œil, mais qui ne guériront jamais… La torture psychologique telle que pratiquée au sein des forces armées américaines depuis le 11 Septembre engendre bien souvent des blessures de cette dernière catégorie, ce qui la rendrait plus « acceptable ». Le documentaire de la journaliste Auberi Edler, produit par Arte, remonte aux origines des techniques de torture psychologique mises en pratique à Guantánamo et à Abou Ghraïb, développées pour le compte de la CIA à partir des travaux de chercheurs nord-américains depuis la Seconde Guerre mondiale, dont certains ont été menés à Montréal. Privation sensorielle et de sommeil, simulation entre faux bourreaux et faux détenus, simulations d’exécutions… La documentariste a recueilli les témoignages de « cobayes » et d’instigateurs de ces expériences qui ont inspiré la « torture propre », mais aussi des interrogateurs qui les ont mises en pratique dans des prisons militaires. Des universitaires qui se sont intéressés au sujet offrent pour leur part des clés pour comprendre comment ces moyens de soutirer des aveux sont devenus moralement acceptables dans l’opinion publique américaine. On y apprend également que c’est en partie une série de fiction (24 heures chrono, pour ne pas la nommer…) qui a favorisé l’essor de ces méthodes pour lutter contre la menace que constitue le terrorisme. La conclusion sur l’emploi de telles méthodes par les autorités frontalières américaines sur les migrants laisse croire que cette façon d’imposer leur autorité a encore de l’avenir…


Torture propre : une invention américaine TV5, lundi, 20 h

 

Fruit de la mondialisation

 

La banane a longtemps été considérée comme une denrée de luxe. Elle est maintenant un fruit de consommation courante, bien loin des régions où elle pousse. Ce documentaire produit par Arte (un autre !) et réalisé par Mathilde Damoisel raconte comment la banane est à l’origine de la fortune d’une des premières multinationales américaines, la United Fruit Company, qui a mis en place des moyens souvent assez coercitifs pour s’approprier les ressources nécessaires à cette production, pour contrôler les marchés et les gouvernements locaux, en évitant de respecter les lois et les travailleurs, souvent réduits à l’esclavage, et de payer des impôts. À l’écoute de ce document historique fouillé et critique de l’essor et du déclin de la United Fruit entre 1899 et 1989, on ne peut pas faire autrement que de dresser de nombreux parallèles avec l’actuelle donne économique mondiale. De quoi rendre ce fruit exotique un peu moins alléchant…

 
La loi de la banane RDI, jeudi, 20 h

 

Bien belle « plogue »

 

Louis-Jean Cormier lancera son troisième disque solo, Quand la nuit tombe, dans quelques semaines. En prélude à cette sortie attendue, les abonnés à l’Extra de Tou.tv pourront jeter un œil à cette courte série documentaire qui s’intéresse au processus de création et de développement de cet opus, après « l’année sabbatique » (certains se demanderont laquelle…) de l’ex-leader du groupe Karkwa. L’auteur-compositeur-interprète se prête à l’exercice de mise à nu artistique sur les hauts et les bas de la création avec la simplicité et la franchise auxquelles il nous a habitués dans d’autres productions télévisuelles, dont son émission de variétés Microphone. Les nombreuses séquences tournées en studio avec des amis et collègues, en répétition de groupe et en spectacle de rodage, complètent ce portrait du musicien à la croisée des chemins. On n’arrive cependant jamais complètement à passer outre l’impression qu’on est devant une longue infopub pour un disque à venir. Une infopub, cela dit, très réussie.


Louis-Jean Cormier : retrouver son X Tou.tv Extra, dès jeudi

Le visionnement en continu

Netflix poursuit sa conquête de la planète télé en lançant sa première production originale africaine. Ce thriller d’espionnage sud-africain raconte les mésaventures personnelles et professionnelles d’une agente secrète fort occupée. L’actrice Pearl Thusi, qu’on a pu apercevoir de ce côté de l’Atlantique dans la série Quantico, incarne cette héroïne qui n’est heureusement pas sans faille.

Queen Sono (Reine Sono en V.F.) Netflix, dès vendredi


Miles par lui-même… et les autres

Sa forme a beau être un peu sage — un portrait chronologique, avec des têtes parlantes (au demeurant fort intéressantes…) cadrées de façon très conventionnelle —, il reste que ce film-somme sur Miles Davis, le musicien et l’homme, sur ses hauts comme ses très bas, ses colères et ses extases, est un délice pour qui vénère ce monstre sacré du jazz, et même pour celui qui le découvre à peine. La lecture de passages de son autobiographie par la voix éraillée de Carl Lumbly, les témoignages émouvants, drôles et parfois tragiques de ses amis, amours, collègues et proches de toutes les périodes de sa vie mouvementée, et surtout sa musique, magnifiée par des images d’archives rares, justifient qu’on s’attarde à ce documentaire de Stanley Nelson.
 

Miles Davis : Birth of the Cool, PBS, mardi, 21 h