Le réseau APTN célèbre ses 20 ans

Dans l’émission de téléréalité «First Contact», dont une version en français verra bientôt le jour, six Canadiens entretenant des préjugés défavorables envers les Autochtones sont invités à passer quelques semaines en compagnie de membres des Premiers Peuples.
Photo: APTN Dans l’émission de téléréalité «First Contact», dont une version en français verra bientôt le jour, six Canadiens entretenant des préjugés défavorables envers les Autochtones sont invités à passer quelques semaines en compagnie de membres des Premiers Peuples.

Pour combattre les préjugés qui sévissent contre les Autochtones du Canada, le réseau de télévision des peuples autochtones, APTN (Aboriginal Peoples Television Network), a décidé de prendre le taureau par les cornes. Dans l’émission de téléréalité First Contact, dont une version en français verra bientôt le jour, six Canadiens entretenant des préjugés défavorables envers les Autochtones sont invités à passer quelques semaines en compagnie de membres des Premiers Peuples.

Dans le premier épisode de la saison, ces six Canadiens vont dormir chez des Autochtones d’Ottawa, visitent la communauté mohawk de Kanesatake et l’ancienne communauté de Davis Inlet, au Labrador.

Pour l’anniversaire de ses vingt ans, le réseau autochtone a aussi choisi d’investir dans sa programmation en français. Depuis le mois d’août, ses téléspectateurs francophones ont droit à un bulletin de nouvelles en français par semaine, le lundi à 18 h 30, tourné dans un studio aménagé à partir du bureau d’APTN à Montréal et animé par la journaliste Sophie-Claude Miller. La directrice générale de la programmation et de la grille du réseau, Monika Ille, elle-même originaire d’Odanak, partage son temps entre le studio principal d’APTN à Winnipeg et celui de Montréal. Jusqu’à présent, le bulletin de nouvelles était diffusé en anglais seulement, explique Monika Ille. « On ne pouvait pas diffuser en langue autochtone, dit-elle, parce qu’on ne pouvait pas choisir une langue autochtone en particulier. »

Policier autochtone, une nouvelle série documentaire accompagnant cette fois des policiers en service, est également diffusée pour la première fois cette année, en français ou en innu, au choix.

C’est important qu’on ait le contrôle sur notre voix, notre image, qu’on parle des préoccupations, des désirs, des aspirations des Autochtones du Canada

On y rencontre des policiers de six communautés autochtones du Québec, dont celle, innue, de Uashat-Maliotenam, celle, huronne-wendate, de Wendake, et celle, abénaquise, d’Odanak. En suivant le quotidien de ces agents de police en fonction, on découvre différents volets des réalités autochtones.

« Je connais tout le monde et tout le monde me connaît », dit l’un des policiers. Un autre, qui patrouille dans sa communauté d’origine, doit parfois faire des interventions auprès de membres de sa propre famille. « Plus les communautés sont éloignées [des grands centres], plus il y a de problèmes », explique Virginie Michel, responsable des dossiers de l’éducation et de la santé au conseil innu de Uashat-Maliotenam, qui mentionne les problèmes de drogue, d’alcool et de violence conjugale. Dans ces régions éloignées, les policiers ont moins de ressources pour intervenir.

Autre série de téléréalité diffusée en français cette année, Première ligne, qui met en scène, pour une deuxième saison, des médecins, des infirmières, des sages-femmes et des paramédicaux travaillant dans les communautés autochtones canadiennes. Si la station de télévision APTN vise d’abord et avant tout à rejoindre un public autochtone, les non-autochtones y trouveront amplement de quoi se renseigner sur les réalités de ces communautés.

Premier contact

« Je n’ai jamais rencontré un Autochtone de ma vie », avoue la jeune Samantha, 25 ans, originaire de Whitby en Ontario, et qui participe au défi de la série First Contact.

C’est en 1972 qu’on retrace les véritables débuts d’une télévision au service des Autochtones au Canada. « C’était le lancement du satellite Anik, raconte Monika Ille. Ce satellite a été lancé pour rejoindre plusieurs communautés du nord du Québec avec des émissions de télévision en direct. Mais les Autochtones se sont alors rendu compte que cette télé ne représentait pas la réalité des Autochtones. »

En 1997, l’idée d’avoir une télévision nationale, qui représente l’ensemble des Autochtones, y compris ceux qui vivent au sud, est lancée. « C’est un défi parce qu’on veut être représentatif de l’ensemble des Autochtones du Canada. On ne peut pas comparer un Abénaquis et un Haïda. Les cultures et les langues sont différentes. On essaie de trouver, chaque année, un équilibre sur le plan des langues. »

La chaîne a donc été conçue pour représenter les Autochtones du pays. « Avant tout, on va s’adresser au public autochtone, dit Mme Ille. C’est important qu’on ait le contrôle sur notre voix, notre image, qu’on parle des préoccupations, des désirs, des aspirations des Autochtones du Canada. »

Selon les données d’APTN, 72 % des Autochtones de 18 ans et plus qui reçoivent le signal du réseau à la maison regardent sa programmation. Le contenu d’APTN est diffusé d’ouest en est du Canada, sur quatre chaînes différentes. La télévision compte sur un réseau de journalistes, principalement autochtones, et sur des producteurs indépendants à travers le pays. Et pour ses 20 ans, APTN s’est doté d’une nouvelle plateforme, APTN lumi, qui donne accès à son catalogue entier d’émissions en anglais, en français et en langues autochtones.

LE COURRIER DES ÉCRANS

Le meilleur et le pire des écrans, petits et grands, vus par nos journalistes cette semaine. Inscrivez-vous, c'est gratuit.


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront le 5 septembre 2019.