Bamba, pâté chinois et lits verticaux au musée: bienvenue chez la famille Paré!

Pour Claude Meunier, auteur des textes de «La petite vie», la venue de la série au musée est une façon de «démocratiser» celle-ci en invitant le public à l’intérieur de sa télévision, afin qu’il puisse découvrir toute la force de la production et des personnages.
Photo: Avanti Groupe Pour Claude Meunier, auteur des textes de «La petite vie», la venue de la série au musée est une façon de «démocratiser» celle-ci en invitant le public à l’intérieur de sa télévision, afin qu’il puisse découvrir toute la force de la production et des personnages.

Allez danser la bamba au musée Pointe-à-Callière avec Rénald ? « Eh baptême ! » vous répondrait certainement Ti-Mé. Voilà cependant une belle façon d’aller célébrer les 25 ans de la désormais mythique série La petite vie. La famille Paré s’installe du 5 décembre au 7 avril 2019 à Pointe-à-Callière pour une exposition immersive où le public est invité à parcourir l’appartement au décor bariolé qui a marqué toute une génération de téléspectateurs québécois. Les nostalgiques pourront se coucher dans les lits verticaux de la famille, monter à bord de la voiture familiale équipée de son téléviseur sur le capot et peut-être même découvrir le secret du fameux pâté chinois de Thérèse, le « steak, blé d’Inde, patates » à l’horizontale !

De la télé au musée

Née au musée Pop de Trois-Rivières en 2013, l’exposition s’est refait une beauté pour s’installer quelques mois à Montréal. C’est la première fois qu’une série télé prend vie à Pointe-à-Callière. Son succès populaire ainsi que sa pérennité ont participé à faire entrer Ti-Mé, Jacqueline et leur petite famille dans l’histoire du Québec. Pour Francine Lelièvre, directrice générale de Pointe-à-Callière, La petite vie fait même « partie du patrimoine immatériel du Québec ».

« Pointe-à-Callière est un musée transdisciplinaire […] C’est notre rôle de rendre hommage à nos comédiens, aux artistes d’ici, ainsi qu’à cet humour absurde et déjanté qui a rejoint de nombreux Québécois […] D’ailleurs, quand je vais dans la salle de montage, je ne vois que des fous rires. »

Pierre Barrette, cofondateur du LaboPop, un laboratoire de recherche sur la culture de grande consommation et la culture médiatique au Québec, décrit La petite vie comme un « label, une marque très forte dans l’esprit des gens […] Il n’y a pas cinq émissions qui ont eu autant d’importance dans l’histoire de la télévision québécoise ».

Face à la place occupée par la série dans l’imaginaire collectif, M. Barrette ajoute que le geste posé par Pointe-à-Callière « est une façon d’accréditer La petite vie pour la faire entrer dans la culture légitime ».

Pour Claude Meunier, auteur des textes de la série, c’est plutôt une façon de « démocratiser » la série en invitant le public à l’intérieur de sa télévision, afin qu’il puisse découvrir toute la force de la production et des personnages. Sans oublier l’intérêt historique des décors et costumes, toujours disponibles 25 ans après la diffusion du premier épisode, en automne 1993. Souvenez-vous. Dans cet épisode intitulé « Le voyage à Plattsburgh », on découvrait déjà les jaquettes de Môman, les coupes aériennes de Thérèse, ainsi que les tailleurs quasi aveuglants de Lison, mieux connue sous le sobriquet de Creton. Des costumes et perruques qui seront d’ailleurs mis à la disposition des visiteurs, tout comme un test de personnalité pour enfin savoir à quel personnage vous ressemblez… Si vous l’osez !

Car comme l’a souligné Claude Meunier au Devoir, « les gens reconnaissent toujours quelqu’un de leur entourage dans la série, leurs voisins, le beau-frère, une tante ou un cousin, mais ils ne se reconnaissent jamais eux-mêmes ».

Une parodie de la société

Il y a 25 ans, Claude Meunier ne se doutait pas que ses textes allaient marquer tant la télévision que la culture québécoise. Mais « on avait déjà le sentiment qu’on touchait beaucoup de monde », raconte-t-il. Il explique le succès de la série par le thème décortiqué de la famille. Mais aussi par le jeu des acteurs, à savoir Serge Thériault dans le rôle de Môman, ainsi que Diane Lavallée (Thérèse), Marc Messier (Réjean), Marc Labrèche (Rénald), Josée Deschênes (Lison), Guylaine Tremblay (Caro) ou Bernard Fortin (Rod). « Ce sont des comédiens fabuleux qui sont tous devenus des têtes d’affiche de leur génération, se remémore-t-il. Ils ont beaucoup apporté à leurs personnages. »

« Des personnages qui ont survécu à l’émission pour devenir des emblèmes. Ils sont sortis du domaine de la fiction pour entrer dans nos réalités », analyse Pierre Barrette. Ils sont devenus des archétypes qui représentaient tous les travers de la société québécoise dans une parodie de la télévision. Au point où Pierre Barrette va jusqu’à comparer Claude Meunier au dramaturge Eugène Ionesco pour le « génie absurde » de son écriture. Ionesco qui fut d’ailleurs une source d’inspiration pour Meunier.

À l’occasion de ce 25e anniversaire, les personnages de La petite vie pourraient-ils ressusciter dans une nouvelle saison ? Claude Meunier est catégorique : non ! « On ne peut plus toucher à cette série-là », affirme-t-il, sous peine de lui faire perdre un peu de son essence et de décevoir le public.

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Les poubelles de Pôpa

Dans La petite vie, la règle de Ti-Mé était simple pour les « vidanges » familiales : le dur en dessous et le mou au-dessus. Un pionnier pour l’époque, au point où Recyc-Québec lui a demandé de devenir son premier porte-parole.
« Ti-Mé était un recycleur avant l’heure », lance Claude Meunier, amusé, précisant que son personnage était inspiré de son père et de son penchant pour la récupération. Signataire du Pacte pour la transition aux côtés de Dominic Champagne, Claude Meunier a accepté de participer à la création de campagnes publicitaires afin de démystifier le tri des déchets.
C’est donc maintenant à vous que Ti-Mé demandera de vider le pot de mayonnaise avant de le placer dans le bac à recyclage !