Marc Labrèche documentariste

Xavier Dolan fait partie des artistes rencontrés par Marc Labrèche dans son documentaire «Le cri du rhinocéros».
Photo: RDI Xavier Dolan fait partie des artistes rencontrés par Marc Labrèche dans son documentaire «Le cri du rhinocéros».

Marc Labrèche voulait savoir si les créateurs avaient un jour l’impression de n’avoir plus rien à dire. Et il l’a su.

C’est le sujet de son documentaire Le cri du rhinocéros, qui sera présenté le 27 novembre à ICI Télé, de Radio-Canada.

On a ici un authentique documentaire, donc, mais un documentaire signé Marc Labrèche, c’est-à-dire un film à la fois fou et intelligent, comique et sérieux, qui sonde le mystère de la création.

Labrèche y fait l’intervieweur auprès d’une brochette de créateurs, de Denys Arcand à John Irving, de Xavier Dolan à Alexandre Jardin, de Daniel Bélanger à Atom Egoyan. Mais cela ne va pas bien sûr sans une mise en scène déjantée du comédien à l’imagination débridée, que l’on retrouve flanqué de deux extraterrestres se posant des questions sur la valeur de sa création. Il y raconte notamment la vie d’Émile Dubergé-Montpetit, un jeune prodige ayant le don d’imiter le cri de différents animaux, qui lance à 18 ans le cri du rhinocéros pour ensuite tomber dans l’oubli.

Mais rien n’empêche ensuite Labrèche de plonger dans la profondeur de son sujet.

Chacune des entrevues a duré en moyenne 30 minutes, disait-il jeudi au cours d’une projection destinée à la presse. Dans ce contexte, ajoutait-il, les artistes interrogés ne pouvaient pas se réfugier dans l’esbroufe.

Jonathan Franzen, par exemple, écrivain américain, expose avec simplicité son propre questionnement intérieur, lui qui rêvait à 35 ans de réorienter la littérature américaine.

Denys Arcand dit pour sa part simplement créer pour répondre à une demande, qu’elle vienne du public ou d’un producteur. Pour lui, les grands défis d’un artiste se présentent souvent lorsque celui-ci est dans la quarantaine et la cinquantaine. Il dit aujourd’hui jouir d’une plus grande liberté puisque le gros de son oeuvre est fait, mais se préoccuper par ailleurs du temps qu’il lui reste.

Devenir «has been» ?

Certains artistes rencontrés étaient dans le creux d’une vague. C’est le cas de Patrice Leconte, dont plusieurs projets ont avorté au cours des dernières années.

« Comme dit Patrice Leconte, tu veux pas être le seul à pas savoir que tu n’es plus pertinent », dit Labrèche en entrevue.

Ce que Labrèche voulait surtout, c’était entendre la réflexion d’artistes sur ce sujet.

« L’envie était sincère de parler de cela avec ces gens-là. De pouvoir demander : “Vous sentez-vous has been ? Vous sentez-vous dépassés ? Sentez-vous que le meilleur est derrière ?” », ajoute Labrèche.

« C’était très émouvant d’avoir accès à leur vulnérabilité », ajoute-t-il.

Labrèche n’en est pas à sa première expérience en documentaire. Il avait réalisé en 2005 J’haïs le golf, un documentaire humoristique sur un sport qu’il déteste.

On se doute bien que Le cri du rhinocéros répond à un questionnement qui le préoccupe lui-même, comme il saisit sans doute tout le monde, à divers degrés. Il raconte par exemple l’histoire de ce chirurgien qui craint de voir venir un tremblement qui l’obligera à cesser de travailler.

« Mais, bénéfice collatéral, cela calme. Cela calme de voir ces gens-là qui eux s’interrogent pour vrai malgré leur bagage. Je peux rester avec mes petites questions. Il n’y a pas de problème. C’est normal d’en avoir », dit-il.

Les artistes rencontrés ont par ailleurs des approches différentes à cette interrogation. Certains reconnaissent qu’un artiste finit toujours par se répéter, même quand il croit travailler sur une toute nouvelle idée, et que c’est précisément cet univers répétitif qu’on apprécie.

On évoque la possibilité que les hommes connaissent le sommet de leur art plus précocement que les femmes, qui sont souvent occupées plus jeunes à d’autres tâches.

Xavier Dolan mentionne notamment que, selon lui, les meilleurs films de Woody Allen ont été tournés avant 2000.

On évoque aussi Paul McCartney, qui continue à endisquer de nouvelles chansons, mais qui chante tout de même les grands succès des Beatles en spectacle.

Certains artistes produisent le meilleur de leur oeuvre à la fin de leur carrière, comme Alice Munro, par exemple, et d’autres au début, comme Orson Wells.

Le cri du rhinocéros

Le 27 novembre à 21 h, à ICI Radio-Canada Télé