«Apocalypse, la paix impossible (1918-1926)»: gagner la guerre, rater la paix

La Première Guerre mondiale, qui a ravagé l’Europe pendant quatre années, a fait plus de 10 millions de morts.
Photo: RDI La Première Guerre mondiale, qui a ravagé l’Europe pendant quatre années, a fait plus de 10 millions de morts.

Cette guerre devait être, selon l’expression consacrée, « la der des der ». La dernière guerre, une horreur dans laquelle l’humanité ne se replongerait plus jamais. Après tout, la Première Guerre mondiale, qui avait ravagé l’Europe pendant quatre années, de 1914 à 1918, avait fait plus de 10 millions de morts et 20 millions de blessés, dont des millions d’entre eux seront marqués à vie par l’épreuve des tranchées.

« De 1914 à 1918, l’Europe a-t-elle voulu se suicider ? » demande d’entrée de jeu l’acteur Mathieu Kassovitz, narrateur de cette nouvelle minisérie Apocalypse déclinée en deux épisodes et intitulée La paix impossible. 1918-1926.

Ce nouvel opus historique scénarisé et réalisé par Isabelle Clarke et Daniel Costelle s’inscrit dans la foulée des miniséries Apocalypse précédentes, dont celle sur la Deuxième Guerre mondiale, celle sur la Première Guerre mondiale et celle sur Adolf Hitler. Et comme pour les épisodes des dernières années, ce récit des suites de l’armistice du 11 novembre 1918 s’appuie sur des dizaines de sources d’images restaurées, auxquelles on a ajouté la couleur et le son. De quoi construire, encore une fois, un documentaire historique aussi fascinant que révélateur.

Le récit débute alors que prend fin la grande boucherie, rythmée pendant quatre ans par les centaines de millions d’obus, les gaz toxiques et les assauts suicidaires sur les tranchées adverses. Les soldats, enfin libérés du bourbier du front, sortent désabusés de cette folie meurtrière. « La patrie, l’honneur et la gloire ne sont que des mots pour masquer l’horreur de la guerre », raconte l’un d’eux, cité dans le documentaire.

Cet armistice ne signifie toutefois que la fin des combats, et non la garantie de la paix à venir. « La guerre était finie, mais elle n’était pas finie. Seulement, nous ne le savions pas », soulignera par la suite, et à juste titre, l’écrivain autrichien Stefan Zweig. Certes, les belligérants déposent finalement les armes, mais la suite démontre à quel point le monde politique a échoué à bâtir la paix, tout en jetant une bonne partie des bases de la Seconde Guerre mondiale, qui frapperait l’Europe à peine 20 ans plus tard.

Paix imposée

Les vainqueurs — la France, les États-Unis et l’Empire britannique en tête — sont seuls à la barre, imposant leurs volontés aux vaincus, et surtout à l’Allemagne. Même si le président américain de l’époque, Woodrow Wilson, souhaite construire la paix sur le libéralisme économique et une « Société des Nations » censée prévenir de futurs conflits armés, le président français Georges Clemenceau plaide pour une certaine forme de vengeance. Il faut dire que son pays, mais aussi une bonne partie de la jeunesse française, a été ravagé par la guerre. Et c’est à l’Allemagne de payer, croit-il.

Au bout du compte, les conditions imposées par les vainqueurs dans le cadre du Traité de Versailles sont extrêmement sévères. L’Allemagne doit ainsi verser des sommes astronomiques en guise de réparations de guerre, son armée est grandement affaiblie, son territoire, réduit, est scindé en deux et le pays doit renoncer à son empire colonial.

Woodrow Wilson, dont le pays ne ratifiera finalement pas le Traité de Versailles, verra d’ailleurs dans ces conditions de paix les prémisses d’une éventuelle vengeance allemande. « Nous nous rendons coupables d’injustice », dit-il à l’époque.

Hitler

Plusieurs voix s’élèvent alors pour dénoncer cette paix des vainqueurs qui condamne l’Allemagne à une misère certaine. Parmi les détracteurs du Traité de Versailles, on retrouve un caporal autrichien, combattant aigri de la Grande Guerre qui construira une bonne partie de son discours politique haineux et de son aura de leader sur ce « diktat » de Versailles : Adolf Hitler.

« La France nous étrangle » avec ces conditions de paix, qui constituent une « spoliation » de l’Allemagne, écrira-t-il dans Mein Kampf. Une rhétorique qu’il porte dès ses premiers discours politiques, en 1920. Une soif de vengeance qu’il mettra en œuvre en envahissant la France, en 1940, lui imposant à son tour ses conditions de « paix ».

Il est vrai que la misère est bien réelle dans le pays, après la guerre. Elle s’accentue avec l’hyperinflation qui frappe l’Allemagne par la suite, provoquant une spirale d’appauvrissement qui sera plus que bénéfique pour les nazis, qui gagneront en partisans au fil de la décennie, avant de prendre le pouvoir en 1933. On connaît la suite. Cette « paix impossible » conduira le monde à une horreur encore plus grande et fera près de 50 millions de morts, dont 6 millions de victimes de l’Holocauste.

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Apocalypse, la paix impossible (1918-1926)

À RDI, mercredi et jeudi, 20 h et à Radio-Canada, les samedis 10 et 17 novembre, 22 h 30