«Les coulisses du Palais»: justice pour tous

Yves Thériault considère que notre système de justice fonctionne plutôt bien, même s’il n’est pas parfait, parce qu’il compte parmi ses rangs des officiers de justice «qui ont à cœur que ça fonctionne, que la justice soit accessible».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Yves Thériault considère que notre système de justice fonctionne plutôt bien, même s’il n’est pas parfait, parce qu’il compte parmi ses rangs des officiers de justice «qui ont à cœur que ça fonctionne, que la justice soit accessible».

Une autre docuréalité de milieu de travail débute vendredi à Canal D. Elles sont légion à la télévision québécoise, comme nous l’avons déjà écrit dans ces pages pas plus tard que le printemps dernier… Depuis s’est notamment ajoutée à cette longue liste la très réussie 180 jours, qui nous fait découvrir le quotidien des enseignants et autres professionnels d’une école secondaire.

Le journaliste Yves Thériault avoue en entrevue au Devoir que c’est le genre de projet qu’il aurait bien aimé concocter. Lui qui a été producteur de contenu de la saisissante et excellente docuréalité En prison, qui offrait une plongée dans le quotidien des agents correctionnels, a choisi d’explorer un autre univers professionnel qui reste mystérieux pour le commun des mortels : le palais de justice de Québec. « C’est une mine inépuisable de sujets. Je l’ai découvert quand j’étais journaliste pour Le Journal de Québec. Tous les drames de la vie humaine se jouent au palais de justice. Les petits comme les grands, dans un format un peu théâtral… »

Rétablir la confiance

Un tel projet s’avérait d’autant plus pertinent que la réputation du système de justice auprès du public a déjà été meilleure. « Quand on a commencé la recherche, on a trouvé une étude commandée par le ministère de la Justice en 2016 qui semblait indiquer que les citoyens avaient un peu perdu confiance dans le système judiciaire », d’expliquer le scénariste et réalisateur, qui mentionne au passage l’influence des médias dans cette perte de confiance, surtout après le fameux arrêt Jordan. Yves Thériault considère que notre système de justice fonctionne plutôt bien, même s’il n’est pas parfait, parce qu’il compte dans ses rangs des officiers de justice « qui ont à cœur que ça fonctionne, que la justice soit accessible ». Il souhaitait montrer la nature du travail des juges, avocats, greffiers, constables spéciaux, et le fonctionnement du système judiciaire.

Et il a trouvé des alliés de taille pour mettre en branle cette docuréalité : le juge en chef associé de la Cour supérieure du Québec, l’honorable Robert Pidgeon, et la juge en chef de la Cour du Québec, Lucie Rondeau. Ces derniers, qui ont été parmi les premières personnes rencontrées dans l’élaboration de ce projet, se sont montrés très ouverts à y participer. Leurs collègues se sont montrés très intéressés, ce qui a permis d’obtenir les autorisations nécessaires pour filmer dans les salles d’audience, mais aussi dans les autres lieux réservés aux juges et au personnel du palais auxquels le public ne peut jamais accéder.

Il a également fallu la collaboration de la Direction des poursuites criminelles et pénales et du ministère de la Sécurité publique pour accéder à ces endroits méconnus, et l’accord des « justiciables », ceux qui sont des témoins ou des parties des causes qui ont été filmés. « Évidemment, on justifiait la présence des caméras dans les salles de cour, parce qu’on allait utiliser les images pour illustrer le travail des officiers de justice. Il ne fallait pas que ça devienne la pièce de résistance. Avec l’ouverture de la magistrature envers le projet, les juges ont pris plus de place, se sont imposés dans la série. »

Juges sous les projecteurs

On suit donc, à travers les 11 épisodes de la série, une dizaine de juges de la Cour supérieure et de la Cour du Québec dans leur travail quotidien, une occasion rare. Yves Thériault croit que leur fonction est mal connue entre autres à cause du devoir de réserve auquel ils sont astreints : « On les voit rarement dans la vie publique, et quand on les voit dans une salle de cour, ils entrent par une porte en arrière du banc, ils écoutent et après se retirent. On ne les voit plus. Ce ne sont pas des êtres désincarnés. Ce sont des êtres en chair et en os, qui ont un travail difficile à faire, contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser. »

Les magistrats qui participent à la série témoignent fort bien de la complexité de leurs tâches et des décisions parfois déchirantes qu’ils doivent rendre. Le réalisateur les qualifie d’ailleurs de « casting de rêve » : « Ils ont été d’une générosité extraordinaire, ils se sont livrés à la caméra, ils nous ont parlé de leur travail, des valeurs qui les animent. »

Justice 101

Le fil conducteur des sept premiers épisodes est un procès devant juges et jury pour agression sexuelle, que l’on suit de la sélection du jury jusqu’au verdict. À cette « histoire centrale » qui permet de montrer la mécanique d’un tel procès dans le détail se jouxtent d’autres causes qui sont « bouclées » à l’intérieur d’un seul épisode.

Les téléspectateurs seront ainsitémoins de causes en Chambre de la jeunesse, en Chambre de la famille, et même dans une salle d’audience aménagée à l’Institut de santé mentale de Québec. « On a tourné avec des jeunes contrevenants, des enquêtes sur remise en liberté, de poursuivre le journaliste visiblement passionné par son sujet. On est allé dans les blocs cellulaires, qui sont le prolongement de la prison. On voit comment les détenus sont gérés, comment on les emmène dans les salles de cour par des ascenseurs sécurisés. »

Il est aussi question des autres procédures de règlement de litiges, telles la conciliation et la médiation, qui permettent d’éviter des procès. Yves Thériault regrette de ne pas avoir pu s’attarder plus longuement sur ce sujet, puisqu’il n’a été possible de tourner qu’une seule séance de conciliation. « Ça prenait l’accord des justiciables et des avocats, et on a eu un peu de difficulté à l’obtenir. » Il aimerait y revenir s’il y a une deuxième saison à la série…

En complément des 11 épisodes, les téléspectateurs pourront consulter une dizaine de capsules Web plus « pratico-pratiques ». Il y sera entre autres question des métiers d’illustrateur judiciaire et de greffier, mais aussi, sur une note plus amusante, des particularités des différents types de toges d’avocats et de juges.

Faire œuvre utile

Les deux premiers épisodes de Coulisses du Palais se laissent regarder avec un plaisir qui tourne parfois aux émotions plus fortes, en plus de faire œuvre utile en expliquant de façon intelligente et sensible comment fonctionne notre système de justice. Le regard éclairant que portent les acteurs de ce système, au premier chef les juges, que l’on suit d’un épisode à l’autre, leur aisance à témoigner devant la caméra de leur expérience professionnelle, de ce qu’elle apporte, à eux et à la société, rendent l’ensemble touchant et captivant. Les amateurs de la série De garde 24/7 ou de la plus récente 180 jours y trouveront sans doute leur compte. Seul bémol : la trop courte durée des épisodes, qui auraient gagné à être en format d’une heure plutôt qu’à peine une trentaine de minutes, afin de donner un peu plus de place aux intervenants, qui constituent l’âme de cette série à la mission pédagogique heureusement jamais trop apparente.

Les coulisses du Palais

Canal D, vendredi, 20 h, deux épisodes sont présentés en rafale pour la première. Rediffusions samedi, 14 h, dimanche, 8 h, mercredi, 13 h, et jeudi, minuit.