«L’heure est grave»: tout et son contraire

Les «chefs d’orchestre», Virginie Fortin et Guillaume Girard
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les «chefs d’orchestre», Virginie Fortin et Guillaume Girard

Un Philippe Brach « avec un chandail de crabe et la barbe longue de même », pour l’acteur et animateur Guillaume Girard, ça ne correspond pas à l’image de la vedette télé. Ça n’empêchera pas l’auteur-compositeur-interprète de figurer en star lors de la première semaine de l’émission L’heure est grave.

Nouveauté de la chaîne publique pilotée par deux de ses recrues automnales, Guillaume Girard et Virginie Fortin, L’heure est grave s’annonce comme un Spoutnik du petit écran. Émission de variétés et d’actualité, elle mariera tout et son contraire, sérieux et humour, divertissement culturel et sujets délicats. Deux demi-heures enregistrées devant public et un best of d’une heure avec prestations inédites rythmeront la semaine.

Le Brach avec crabe et barbe donne le ton : le programme mise sur des gens connus, mais pas trop connus, et aux voix uniques et perspicaces. Les invités sont choisis selon un thème donné, appelé à changer chaque semaine.

Ça débute lundi avec un thème fort : « La parole, la censure, la liberté d’expression. On est en période électorale, c’est la parole en politique, et on a vécu un été où les gens crient à la censure. On veut porter la réflexion sur la parole, le droit de parole », résume Virginie Fortin.

Émission de variétés engagée

Dans le rôle d’animateurs « chefs d’orchestre », Virginie Fortin et Guillaume Girard recevront des acteurs du milieu culturel avec une bonne tête et une langue déliée pour aborder des grands thèmes comme l’éducation, l’environnement ou l’immigration. Certains d’entre eux seront conviés à titre de collaborateurs réguliers, certains en invités de la semaine, tel que Brach. Pourquoi lui, déjà ?

« Philippe Brach est auteur-compositeur-interprète, il a déjà ça. Il a un angle vraiment unique dans sa pratique. On sent que son message, dans son sens le plus large, est très chargé. Ça nous semblait naturel [de l’inviter sur le thème de la parole] », explique Guillaume Girard.

Cette « émission de variétés engagée » peut faire penser à un mélange de Bazzo.tv, de SNL Québec et de Tout le monde en parle. La voix féminine du duo, elle, voit « le bulletin de nouvelles dans le studio d’En direct de l’univers ».

« C’est difficile de décrire quelque chose qui ne ressemble à rien, concède-t-elle. On invite des artistes de tous les horizons. [Ceux-ci] prennent le sujet et l’expriment à travers ce qu’ils font de mieux. »

Parmi les noms évoqués en entrevue, notons le collectif théâtral Projet Bocal, la slameuse Queen Ka, l’actrice et dramaturge Marie-Lise Chouinard ou encore l’humoriste Eddie King.

« Ce sont des artistes qui viennent de franges plus alternatives. Même l’artiste invité. Philippe Brach n’a pas encore animé de quiz à TVA, soutient Guillaume Girard. Il y a un principe de démocratisation pertinent. Ces gens n’ont pas accès aux médias de masse et là, ils sont à la télé et performent. »

On rira sur le plateau, promettent les animateurs, même si l’heure est grave devant tous ces enjeux sociaux dont ils voudront discuter. Il ne s’agit pas de rire de quoi que ce soit, mais d’instaurer une porte d’entrée. « L’humour est la meilleure façon de déguiser un propos pertinent en quelque chose de très accessible », résume Virginie Fortin.

Échanger des idées

Si, d’un côté, le concept de L’heure est grave est difficile à décrire, d’un autre côté, on nous assure qu’il ne consistera pas en un simple show de chaises. Le plateau bougera et, si table il y a, « on la tasse », lance-t-on, pour faire place à des performances à grand déploiement.

Pour Denis Dubois, directeur général des programmes de Télé-Québec, L’heure est grave met en place davantage un échange d’idées qu’une confrontation de positions. « On ne veut pas diriger les points de vue, on veut exposer le public à plein de points de vue. Pour permettre de dire “je ne suis pas d’accord, mais je t’entends”. »

On ne veut pas diriger les points de vue, on veut exposer le public à plein de points de vue. Pour permettre de dire “je ne suis pas d’accord, mais je t’entends”.

L’idée de faire de la parole le premier thème de la nouvelle émission est une manière d’annoncer la couleur des douze semaines qui suivront. Après un été où l’expression artistique a été remise en question, L’heure est grave se porte à la défense des artistes. Sans l’intention de clore le sujet.

« On propose d’aller ailleurs. La discussion est plus intéressante que la conclusion, avance Guillaume Girard. Quand l’affaire Mike Ward [la polémique du « Petit Jérémy », en 2015] a éclaté, on n’insistait pas assez sur le besoin de discuter. On insistait sur l’importance d’arriver à une conclusion. Je ne sais pas si on peut arriver à une conclusion, mais on peut avoir une discussion intéressante sur l’éthique, sur ce qui est moralement acceptable dans un spectacle. »

La discussion, c’est le propos de L’heure est grave. En prenant l’axe des voix sous-entendues, et surtout en misant sur la case du 22 h, Télé-Québec cherche à rejoindre un auditoire jeune, comme le diffuseur le faisait avec Like-moi !. Denis Dubois ne craint pas d’affronter l’actualité diffusée chez la concurrence.

« On investit le 22 h parce qu’on cible le public des 18-34 ans, une génération qui n’écoute pas les nouvelles, juge le directeur des programmes. Pour une autre génération, le 22 h, c’est l’heure où l’on s’informe. Là, on ne s’informera pas, mais on parlera d’enjeux sociaux, qui est une forme d’actualité. »

L’heure est grave

Télé-Québec, lundi et mardi à 22 h, vendredi à 19 h