Pour l’amour de la brique

Le chiffre d’affaires de Lego atteint les 4 milliards de dollars et on compte, sur la planète, une centaine de blocs par être humain.
Photo: Canal D Le chiffre d’affaires de Lego atteint les 4 milliards de dollars et on compte, sur la planète, une centaine de blocs par être humain.

La caméra plonge dans une vallée verdoyante, survole la cité magnifique qui y trône et croque ses chemins sinueux bordés de bâtiments majestueux, jonchés de végétation luxuriante. Ceux qui y vivent bougent peu et mènent des existences bien simples ; leurs visages affichent le contentement. Nous sommes à Fondcombe, la cité des elfes du Seigneur des anneaux... dans sa version Lego.

C’est l’Américaine Alice Finch qui s’est attelée à ce projet fou constitué de centaines de milliers de petites briques et autres pièces de plastique. Sa création lui a pris plus de 1000 heures, dit-elle dans une entrevue au magazine Wired. Et avant Fondcombe, elle avait reproduit Poudlard, l’école d’Harry Potter, à une échelle similaire.« Je veux encourager les filles à faire des constructions », affirme celle qui présente son oeuvre lors de congrès aux États-Unis.

Mme Finch est l’une des nombreux AFOL (acronyme anglais pour « adultes fan de Lego », dans le jargon des bâtisseurs du dimanche) présentés dansLego : le blocumentaire, qui s’attarde aux origines de la compagnie danoise mais surtout à ses plus grands ambassadeurs. De congrès en congrès, en passant par les ateliers des plus talentueux, les « blocistes » les plus hardcore se confient à la caméra.

Photo: Canal D Un demi-milliard de personnes auraient grandi avec ce jeu.

Quelques données d’abord. De jeu de construction conçu par un menuisier de la campagne danoise, les blocs Lego ont fini par former un empire du jouet. Le chiffre d’affaires de l’entreprise atteint les 4 milliards de dollars et on compte, sur la planète, une centaine de blocs par être humain. Après des années difficiles causées par des innovations peu populaires au début du XXIe siècle, la compagnie s’est concentrée sur sa force : la brique ! La brique de plastique, toute simple, dont la force d’accouplement fait sa renommée (elle est à la fois solide et facile à désassembler).

Après le lancement de la gamme « Mindstorms », permettant de construire des robots rudimentaires, et une plus grande ouverture vers les innovations externes, Lego a retrouvé la voie du succès. L’an dernier, la firme britannique Brand Finance l’a classée en tête de son palmarès des marques les plus puissantes du monde, devant Ferrari ou encore Rolex. Et le passe-temps fait des petits : ce n’est pas un hasard si le jeu vidéo Minecraft, dont l’univers fait de blocs destructibles et configurables rappelle fortement les Lego, a récemment atteint le mirobolant cap des 100 millions d’exemplaires vendus.

Cette nouvelle ouverture aux idées des autres s’est manifestée par le lancement d’une plateforme sociale en ligne. Sur le site Cusoo, les designers en herbe sont invités à soumettre leurs plus belles créations ; les utilisateurs donnent leur appui à leurs favoris et les plus appréciés sont analysés par Lego en vue d’une éventuelle mise en marché.

Stephen Pakbaz est l’un de ces heureux élus. Ingénieur à la NASA, il a participé à la conception du robot Curiosity, qui parcourt tout bonnement la planète Mars depuis 2012. Ce passionné du bloc a ensuite reproduit ledit robot, version géométrisée. Son modèle a fait un tabac sur Cusoo et, aujourd’hui, il empoche 1 % des revenus des ventes de ce robot qu’il connaît comme le fond de sa poche. Il y a aussi Adam Reed Tucker, architecte sans emploi. Pour garder la main, il s’est mis à assembler des reproductions stupéfiantes de bâtiments célèbres qui ont attiré l’attention d’un cadre chez Lego. Ensemble, ils ont conçu la gamme « Architecture », destinée à un public plutôt adulte.

Pour certains, la brique de plastique est devenue un outil de travail. Le médecin Dan Legoff s’en sert pour faire interagir des enfants autistes réunis en équipes de construction. En quelques séances, un garçon se serait exprimé davantage qu’au cours d’une année entière. Trey Parker, cocréateur de la série téléSouth Park, explique brièvement qu’il a trouvé dans les blocs Lego de l’inspiration pour son oeuvre, tout comme le chanteur Ed Sheeran.

Ce sont ces histoires d’amour passionnel entre bâtisseurs et briques qui sont les meilleurs moments de ce « blocumentaire », narré par un personnage Lego animé. Car les Lego ne sont étrangers qu’à bien peu de gens en Occident, petits et grands : on nous dit qu’un demi-milliard de personnes auraient grandi avec ce jeu. Mais plus rares sont ceux qui connaissent toute cette sous-culture associée aux briques, et qui savent que des dizaines de milliers de personnes se rendent annuellement dans des colloques organisés de façon tout à fait indépendante de l’entreprise afin de s’affronter dans des compétitions de construction rapide ou à l’aveugle, par exemple. La découverte de ce monde est un véritable plaisir.

Il y a beaucoup à apprendre dans ce Lego : le blocumentaire, qui pèche toutefois par excès de complaisance avec le grand Danois. Rien au sujet des quelques controverses qui ont marqué son histoire (notamment au sujet du manque de diversité de ses personnages) ou des coûts parfois prohibitifs de ses produits. La rencontre avec les fervents du passe-temps en vaut néanmoins le visionnement.

Lego: le blocumentaire

Canal D, dimanche 25 décembre, 19 h