Victimes « collatérales »

Filmée à hauteur d’enfants et d’adolescents, cette production donne une autre dimension à l’expression « victimes collatérales ». On se souviendra que Claire Corriveau s’était fait connaître avec le similaire Les épouses de l’armée, qui mettait en lumière l’expérience douloureuse vécue par celles qui restent, qui attendent. Tourné à la base des Forces canadiennes de Petawawa pendant un déploiement en Afghanistan, Enfants de soldats propose cette fois d’entendre, mais surtout d’observer, la progéniture des hommes et des femmes qui partent sans pouvoir promettre qu’ils reviendront. Ni dans quel état. De fait, les premiers propos entendus sont ceux d’un jeune vétéran qui explique comment sa colonne vertébrale a été compressée, l’affligeant d’une douleur constante, et combien cela a affecté son humeur et, au premier chef, ses quatre enfants, qui avaient peur de lui, de ses colères intempestives.

 

Difficile d’exprimer le désarroi, la peur... La caméra de la documentariste demeure plutôt en retrait, attentive aux comportements qui accompagnent les paroles de ces jeunes participants qui dégagent une maturité et une capacité de résilience impressionnantes. Et qui font preuve d’une lucidité implacable, comme cette jeune fille qui déclare avoir envisagé de suivre l’exemple de son beau-père et de sa grande soeur pour finalement renoncer à s’engager. « Je me suis rendu compte que ce n’est pas ce que je veux pour moi. Je ne veux pas aller me battre pour des causes perdues », dira-t-elle.

 

Monté sans complaisance ni atermoiement, Enfants de soldats laisse l’essentiel de la place à ces jeunes qui doutent, qui espèrent, et qui se demandent pourquoi, parfois à mots tus, mais parfois aussi à voix haute. On n’est pas près d’oublier certains regards croisés dans ce documentaire lancé le jour du Souvenir.

Enfants de soldats

TV5, 21 h