Rebelle de l’intérieur

Un enseignant d’une grande classe avec tout son coeur et son savoir (Jacques Languirand). L’incarnation typique de ce qu’est un philosophe de tous les jours, c’est-à-dire un homme à la recherche du sens de la vie (Pierre Marc Johnson). Un défricheur de spiritualité et un grand vulgarisateur (Jacques Ratté).

 

Voilà quelques-uns des témoignages qui ouvrent ce documentaire sur Placide Gaboury (1928-2012), penseur et sage du Québec. Le portrait filmé permet de découvrir cet intellectuel peu connu du grand public.

 

Issu d’une famille modeste, enfant malade, formé à la tradition classique chez les jésuites, homosexuel refoulé, il raconte s’être réfugié très tôt dans la peinture, la musique, la lecture et l’écriture. Il explique avoir terminé son doctorat à la fin des années 1960 pour pouvoir en jeter. « Si vous avez un doctorat, vous pouvez dire ce que vous voulez parce que vous êtes une autorité », dit-il dans une entrevue accordée quelques mois avant sa mort.

 

Le rebelle de l’intérieur disait ce qu’il voulait, y compris en chaire, pour ses sermons dans lesquels il recommandait ouvertement aux fidèles de critiquer l’Église et de se méfier du pape. Dans une délirante entrevue extraite de la très regrettée émission Ésotérisme expérimental (c’est de l’ironie, à peine), il confie avoir quitté les ordres après avoir « fait de la drogue » avec Jacques Languirand.

 

Le reste sera un long « voyage intérieur », selon le titre d’un de ses livres, une recherche de « la source » en lui, « l’origine des motivations et des aspirations ». À la longue, Placide Gaboury va puiser dans le vaste coffre à outils des religions occidentales et orientales pour se bricoler, sinon une religion, au moins une spiritualité personnelle.

 

Le portrait se bâtit sur des photos et des films d’archives, des extraits d’entrevues et des témoignages de proches. Le parcours ainsi retracé concentre ce qui est arrivé à une bonne partie de ce coin-ci de la planète, en cette ancienne Priest Ridden Province convertie au matérialisme extrême après quelques années de tentations nouvelâgistes...

Placide Gaboury, le contestataire tranquille

Télé-Québec, 21 h