Télévision à la une - Les derniers pèlerins

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Photo: Source Canal D

Le cinéaste Will Prosper

Ils viennent par autobus entiers visiter des lieux saints du Québec. Et dans ces autobus mêmes, il leur arrive de prier toute la nuit. Se déclarant d'entrée de jeu agnostique, le cinéaste Will Prosper s'est tout de même intéressé, dans son film Les derniers pèlerins, à ces pèlerinages effectués, année après année, par des membres de la communauté haïtienne au Québec.

Son périple commence à New York, où il rencontre «soeur» Élisée, une laïque malgré son surnom, et Ange-Marie, deux personnes entièrement dévouées à la cause.

Le but ultime du pèlerinage, qui s'est aussi arrêté à l'oratoire Saint-Joseph de Montréal et à la basilique de Sainte-Anne de Beaupré, près de Québec, est Notre-Dame-du-Cap à Trois-Rivières. On dit que c'est là qu'est survenu un jour le «prodige des yeux», c'est-à-dire que la statue de la Vierge y aurait ouvert les yeux, qu'elle garde habituellement fermés, devant trois hommes, le 22 juin 1888. À la même époque, en 1881, une épidémie de petite vérole fait des ravages en Haïti. On attribue à un tableau de Notre-Dame du Perpétuel Secours, qu'une dévote avait apporté de Paris, et aux prières dont il fut entouré l'arrivée de la pluie qui finit par mettre un terme à l'épidémie. Québécois et Haïtiens sont donc ici côte à côte dans leur dévotion à la Vierge.

Un peu plus tôt sur la route, à la petite église de Saint-Joachim, les fidèles ont aussi fait des provisions d'eau bénite, censée guérir entre autres des cataractes.

Le mystère de la foi

Le film pose le mystère de la foi, en présentant par exemple Ange-Marie qui dit recevoir des grâces de la Vierge pour chaque jour de son pèlerinage au Québec. Il pose aussi le problème de la relève. Car Will Prosper interroge des jeunes qui ne sont plus tentés par ces pèlerinages d'église en église, au cours desquels ils n'ont pas vraiment le temps de prendre une pause, de s'amuser.

Une jeune femme cite d'ailleurs sa mère qui lui a dit au sujet de ces voyages: «Ce ne sont pas des vacances, c'est un sacrifice.»

Rencontré à Notre-Dame-du-Cap, un jeune pèlerin raconte pour sa part comment il affectionne ces rencontres familiales où l'on prend le temps de se rencontrer, de partager. Des coutumes qui se perdent, mais qu'il lui ferait plaisir de perpétrer, pour la rencontre sociale plus que pour l'aspect strictement religieux de la chose. Le père Yoland Ouellet, en entrevue dans le film, fait d'ailleurs la critique d'une société individualiste, narcissique et pragmatique. Reste que les trois lieux visités par les pèlerins réuniraient à eux seuls plus de visiteurs que l'ensemble des festivals du Québec.

Au cours des dernières années, le séisme survenu en Haïti, mais aussi la crise économique qui sévit aux États-Unis, a fait en sorte que la fréquentation de ces pèlerinages, assez coûteux, a diminué. Les voyages de soeur Élisée sont parfois déficitaires. Des places sont vides dans les autobus. C'est pourquoi Will Prosper se demande s'il faut voir en eux les derniers pèlerins.

Ancien policier de la Gendarmerie royale du Canada, Will Prosper a aussi été porte-parole de l'organisation Montréal-Nord Républik, qui dénonçait entre autres le profilage racial des policiers envers la communauté noire de ce quartier.


Les derniers pèlerins, présenté dans le cadre de Docu-D, à Canal D, dimanche, 21h