Avec «Roméo et Juliette», les Grands Ballets canadiens tentent de dépasser la tradition

Dans une version inédite du classique «Roméo et Juliette» signée par le directeur artistique Ivan Cavallari, l’incontournable histoire de Shakespeare réunira les 47 danseurs de la compagnie. Parmi eux, Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder dans le rôle des amants de Vérone, en répétition sur nos photos.
Photo: Photos Marie-France Coallier Le Devoir Dans une version inédite du classique «Roméo et Juliette» signée par le directeur artistique Ivan Cavallari, l’incontournable histoire de Shakespeare réunira les 47 danseurs de la compagnie. Parmi eux, Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder dans le rôle des amants de Vérone, en répétition sur nos photos.

Les Grands Ballets canadiens signent leur grand retour sur scène avec le fameux Roméo et Juliette. Dans une version inédite signée par le directeur artistique Ivan Cavallari, l’incontournable histoire de Shakespeare réunira les 47 danseurs de la compagnie. Parmi eux, Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder dans le rôle des amants de Vérone. Rencontre.

« Presque tous les danseurs rêvent d’être Roméo : c’est un des plus grands rôles dans les ballets narratifs. Quand j’ai vu qu’Ivan Cavallari m’avait choisi, j’ai été très touché », raconte Hamilton Nieh, aux Grands Ballets canadiens depuis sept ans. « Juliette est l’un des plus grands rôles que j’ai jamais eus », confie de son côté Kiara DeNae Felder, émue.

Initialement, Roméo et Juliette devait être présenté par le Ballet national de Géorgie. L’annonce des spectacles prévus à Montréal en 2020 avait entraîné la vente de nombreux billets. Après de multiples reports, puis l’annulation de la venue des artistes étrangers, Ivan Cavallari a décidé de prendre l’œuvre sous son aile et d’en faire une toute nouvelle création. « J’aime bien dire que c’est un petit cadeau de la pandémie », lance Hamilton Nieh.

Bien que fidèle à l’histoire originale, Cavallari a voulu rendre la pièce un peu plus contemporaine, notamment en ajoutant des personnages et des récits autour de l’histoire principale. « On voit les parents de Roméo et de Juliette, et d’autres liaisons amoureuses, explique M. Nieh. L’utilisation d’une gestuelle néoclassique et le fait que les danseurs utilisent leur propre personnalité pour incarner les personnages apportent une touche de modernité à ce ballet classique. « Je suis vraiment moi-même dans ce rôle », affirme Kiara DeNae Felder.

Contraintes et libertés

 

Début 2021, les danseurs ont donc commencé les répétitions de la célèbre tragédie, non sans contraintes. « Au départ, on avait des masques et des lunettes de protection. C’était difficile d’interpréter l’amour dans de telles conditions ! raconte Mme DeNae Felder en riant. Mais on a dû s’adapter. » Pour M. Nieh aussi, l’adaptation a été le mot clé pendant plus d’un an. « Ça fait partie de l’histoire de cette production. Au début, on a appris à bouger différemment, avec des contraintes, et aujourd’hui, on est beaucoup plus libres », explique celui qui a dansé dans plusieurs compagnies dans le monde, en Californie, en Alberta ou encore en France.

Hamilton Nieh et Kiara DeNae Felder se sentent chanceux de travailler ensemble. « Je suis très heureuse. Je ne sais pas si j’aurais pu faire ce rôle avec quelqu’un d’autre », explique l’interprète de Juliette, qui a notamment dansé à Washington et Atlanta. « On a déjà dansé ensemble et on a une belle connexion, en plus d’être amis dans la vie », explique M. Nieh.

Ils affirment tous les deux ressentir une « réelle confiance » de la part d’Ivan Cavallari. « Il est très ouvert à ce qu’on trouve nos propres chemins dans la chorégraphie, notre interprétation personnelle », affirme Mme DeNae Felder. C’est la première fois que Hamilton Nieh participe dès le départ à une création de cette ampleur, même s’il travaille avec M. Cavallari, qu’il a connu en France avant son arrivée aux Grands Ballets, depuis neuf ans. « Le ballet narratif, c’est son point fort. Il a énormément à nous transmettre dans l’interprétation et dans l’incarnation des émotions sur scène. Il nous guide beaucoup, mais il nous laisse aussi énormément de liberté. » D’après l’interprète, la version Cavallari de Roméo et Juliette est « très personnelle ». « Ça vient vraiment de l’intérieur, de sa vision intime de l’histoire. »

Au goût du jour

 

« Même si c’est une vieille histoire, les sentiments évoqués dans cette pièce existent encore. Et continueront d’exister après nous », raconte Kiara DeNae Felder. « L’amour, c’est universel, ça traverse les époques, ajoute Hamilton Nieh. Ivan a voulu parler de tous les types d’amour. Roméo et Juliette, ça parle des êtres humains. »

D’abord sélectionnés pour leur talent artistique, Hamilton Nieh, qui est d’origine asiatique, et Kiara DeNae Felder, une femme noire, incarnent aussi une forme de symbole. Leur nomination est un geste important pour la visibilité des personnes issues de la diversité en danse, qui plus est en ballet.

« C’est récent qu’on commence à aborder les préjugés contre les Asiatiques en Amérique du Nord. Particulièrement contre les hommes d’origine asiatique, qui sont rarement représentés quand on évoque l’image du masculin idéal ou désirable », estime M. Nieh, qui se dit « fier » d’incarner le rôle principal d’une grande histoire d’amour. 

« Montrer une histoire avec des gens différents qui s’aiment, être visibles, être devant un public qui ne voit pas ça souvent, c’est majeur, ajoute Kiara DeNae Felder. On vit encore dans un monde où les gens créent des divisions à cause des différences. Avec Roméo et Juliette, on veut passer un message fort, d’amour universel. »

Roméo et Juliette

À la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, du 23 au 27 mars.

À voir en vidéo