La danse rebondit avec des solos pluriels

«Le reste des vagues» de la chorégraphe-interprète Ingrid Vallus
Photo: Josée Lecompte «Le reste des vagues» de la chorégraphe-interprète Ingrid Vallus

La danse subit les conséquences de la crise sanitaire : aucun artiste international sur le territoire, toucher limité, accès réduit aux salles de répétition et de spectacles. Les danseurs, chorégraphes et lieux de diffusion se sont tout de même mobilisés pour offrir au public québécois un automne riche en culture. Le tout, dans des formats divers, adaptés à cette réalité mouvante. Suivez le mouvement !

Jacques Poulin-Denis incarnera Punch Line, un nouveau spectacle solo présenté à l’Agora de la danse mélangeant vivacité du one man show et vulnérabilité de l’aveu. Paroles, pensées, mouvements… Le créateur livre ses anecdotes et ses désaccords pour se laisser envahir par les expériences.

La chorégraphe contemporaine Catherine Gaudet dévoilera son plus récent solo à l’Agora, Se dissoudre, qui s’inscrit dans la poursuite de sa recherche sur l’ambiguïté comme lieu de perceptions. Interprétée par Marie-Philippe Santerre, cette œuvre évoque la solitude qui devient un repère quand tout a disparu. L’interprète joue avec les répétitions et les pulsations pour se transformer, s’intégrer, et finalement se dissoudre.

L’artiste contemporaine Ingrid Vallus présentera Le reste des vagues, à Tangente. Elle y explore le temps qui passe et les moments d’entre-deux où tout devient possible. Dans un espace restreint, elle invite le public à ressentir son souffle et à se laisser porter par ses diverses mutations.

Quelques rares salles prévoient des spectacles avec plus d’interprètes sur scène, notamment La Rotonde et le Grand Théâtre de Québec où la compagnie La Otra Orilla présentera son spectacle Magnetikae. Accompagnés par un pianiste et un percussionniste, Myriam Allard et Hedi Graja se rencontrent dans un monde qui combine chaleur étouffante et froid glacial. Le tout devient magnétique et évoque l’exil et la séparation.

Depuis plusieurs mois, les chorégraphes Andrea Peña, Ismaël Mouaraki, Dominique Porte et Christophe Garcia composent avec la situation actuelle plus qu’inédite pour élaborer une création collective à distance, La question des fleurs. Fusion de leurs univers éclatés et incarnée par un duo à la vie comme à la scène, elle sera en tournée à travers le Québec à partir d’octobre.

Photo: Dominique Skoltz «Punch Line» de Jacques Poulin-Denis

Hybrides et in situ

De nouveaux formats seront aussi mis à l’honneur. Les propositions hybrides s’inscrivent de plus en plus dans les salles de spectacles et les festivals : les œuvres se vivent à la fois devant public et en ligne. Les spectateurs du festival Quartiers danses pourront (re)découvrir le travail de Kyra Jean Green, de Charles Brecard ou encore de Véronique Giasson, dans les quartiers de Montréal, mais aussi devant leur écran en visionnant 16 films de danse exclusifs à l’événement.

Les artistes Alexandra « Spicey »Landé et Andrea Peña habiteront le Musée d’art contemporain pour y laisser parler leur créativité pendant leurs résidences, alors ouvertes au public. Les spectateurs pourront déambuler et toucher d’un peu plus près au processus même de la création en danse.

Deux hommages seront rendus à la chorégraphe allemande Pina Bausch, dont la compagnie devait initialement fouler les planches du théâtre Maisonneuve cet automne. Les étudiants de l’École de danse contemporaine de Montréal et de l’École supérieure de ballet du Québec reprendront sa célèbre Nelken Line sur l’esplanade de la Place des Arts. Chorégraphie simple composée de quatre mouvements qui représentent les quatre saisons, elle a été reprise dans le monde entier et se veut un moment rassembleur et convivial.

En collaboration avec l’École des sables, Danse Danse diffusera en ligne un film documentaire sur les élèves qui se sont approprié Le sacre du printemps de Pina Bausch l’hiver dernier, sur les plages de Marrakech, juste avant la fermeture des frontières.

Éprouver, dialoguer

Toujours côté numérique, plusieurs propositions seront offertes au public d’ici et d’ailleurs. Dans la programmation de Danse-Cité, les spectateurs pourront apprécier l’œuvre VERSO d’Audrey Bergeron, où celle-ci s’amuse avec le mouvement inversé, inspirée des films muets en noir et blanc. Dans sa pièce, qui sera diffusée sur Internet ce samedi, elle réunit un quatuor féminin et un pianiste dans un montage chorégraphique trafiqué touchant.

Helen Simard, quant à elle, proposera sa pièce Papillon, en ligne et devant public. Elle s’interroge à travers trois solos sur le chaos, l’inattendu et les limites étroites qui existent entre l’ordre et le désordre, le tout en combinant les esthétiques des danses de rue et contemporaines.

Le danseur étoile Guillaume Côté et la compagnie de danse contemporaine Rubberband dévoileront des contenus exclusifs pour dialoguer avec le public : extraits, entrevues… pendant leur résidence automnale à Montréal.

Enfin, pour ceux qui désirent entrer pleinement dans la danse, plusieurs ateliers pour non-danseurs seront donnés cet automne, notamment par la directrice artistique de l’École supérieure de ballet du Québec, Anik Bissonnette, une danseuse du Tanztheater Wuppertal Pina Bausch ou encore un danseur de l’équipe de Guillaume Côté.

Mêler les disciplines

Les artistes Kama La Mackerel, Soleil Launière et Heather Mah dévoileront dans les différents espaces du MAI (Montréal, arts interculturels) des solos interdisciplinaires où la danse prendra vie et forme à travers d’autres médiums d’expression : installation déambulatoire et sonore, conte ou encore poésie. Trois univers aux thématiques très personnelles à découvrir. Fruit de ses collaborations avec Paco Ziel, Jeremy Galdeano et Vera Kyarcakova, la danseuse Diana León interprétera son solo Sur ce chemin, tu es sûre de te perdre. Entre danse, théâtre et musique, l’artiste propose une exploration intime où les contradictions intérieures amènent à mieux se connaître.