«Kitchen Chicken»: odeurs du passé

Les chansons sont accompagnées par une entreprise culinaire: préparer un poulet (et ses accompagnements) — d’où le titre du spectacle.
Photo: Charles-Frédérick Ouellet Les chansons sont accompagnées par une entreprise culinaire: préparer un poulet (et ses accompagnements) — d’où le titre du spectacle.

« On ne joue pas avec sa nourriture et on ne parle pas en mangeant » : deux phrases que les membres de L’orchestre d’hommes-orchestres ont peut-être entendues dans leur enfance, mais qu’ils s’amusent à déconstruire avec leur plus récente création, Kitchen Chicken. Créé au tournant de 2019, le spectacle fait sa rentrée montréalaise à l’Usine C et comble les attentes qu’on a devant une création du groupe originaire de Québec : esthétique du bricolage, inventivité scénique et humour décalé.

Comme souvent avec L’orchestre, c’est de la musique que le spectacle est né : cette fois, le collectif voulait rendre hommage au répertoire des DeZurik Sisters (aussi surnommées Cackle Sisters), un duo de yodel américain des années 1930 qui apparaissait déjà ici et là dans certains spectacles précédents du groupe. À ce répertoire se greffent des chansons de Jimmy Rodgers, des Coon Creek Girls ainsi que des compositions originales du collectif.

Suivant une idée originale dont L’orchestre a le secret, les chansons sont accompagnées par une entreprise culinaire : préparer un poulet (et ses accompagnements) — d’où le titre du spectacle. Parce que l’action n’est jamais simple chez l’étonnant collectif, on imagine facilement comment la tâche peut dégénérer. On retrouve l’ingéniosité et l’humour du groupe, alors que des instruments aussi hétéroclites qu’un fer à repasser, des ballons à l’hélium, un aquarium, une perceuse et une hache serviront à préparer le repas. Dans le chaos organisé de cette cuisine improbable, la virtuosité et le bidouillage sont de mise.

Sur scène, toutes et tous mettent la main à la pâte avec l’engagement qu’on leur connaît : Gabrielle Bouthillier et Danya Ortmann chantent le répertoire des Cackle Sisters pendant que les autres membres de la troupe s’affairent aux instruments — culinaires et musicaux — et joignent leurs voix à certaines chansons.

Kitchen Chicken repose sur le pouvoir rassembleur de ces deux arts que sont la musique et la cuisine. Le spectacle commence sur les chapeaux de roues et le rythme ne diminue jamais : en un peu plus d’une heure, il faut préparer et cuire un poulet ainsi que les divers accompagnements et hors d’oeuvres qui sont servis au public au fil de la représentation, sans jamais arrêter de chanter ou jouer de la musique. Tout est préparé avec amour et attention, comme en témoigne le petit autel culinaire à l’avant-scène sur lequel est déposée, progressivement, une portion de chaque plat (un geste de mise en valeur de la nourriture qui fait presque oublier l’inévitable gaspillage alimentaire qu’un tel spectacle engendre).

En allant chercher dans un répertoire musical exclusivement tiré du folklore américain, Kitchen Chicken joue sur la valeur unificatrice, patrimoniale de la cuisine. La cuisine que nous prépare L’orchestre n’a rien de gastronomique. On est dans le quotidien et le populaire, dans des odeurs et des saveurs qui évoquent instantanément des souvenirs d’enfance. C’est une cuisine où il fait bon vivre, qui redonne le sourire et qui fait oublier les jours maussades. Si jamais L’orchestre d’hommes-orchestres s’ouvre un restaurant, je serai le premier à y faire la file.

Kitchen Chicken

Idéation et création : L’orchestre d’hommes-orchestres. Avec Bruno Bouchard, Gabrielle Bouthillier, Jasmin Cloutier, Simon Elmaleh, Philippe Lessard-Drolet et Danya Ortmann. À l’Usine C jusqu’au 18 octobre.