«Requiem Pop»: Iggy Pop, de la pure dépense à l’émerveillement modeste

Misant sur une simplicité scénographique, la chorégraphe fait chuter, rouler, glisser ses bêtes de scène sur le parquet aux sons électriques joués «live» par Jackie Gallant, Roger White et Ted Yates.
Photo: Claudia Chan Tak Misant sur une simplicité scénographique, la chorégraphe fait chuter, rouler, glisser ses bêtes de scène sur le parquet aux sons électriques joués «live» par Jackie Gallant, Roger White et Ted Yates.

Point final d’une recherche menée sur six ans, Requiem Pop vient clore un cycle qui aura permis à Helen Simard de passer la gestuelle et la physicalité d’Iggy Pop au mixeur pour en faire une matière chorégraphique aussi rigoureuse que singulière. Si la pièce marque un aboutissement, c’est aussi une réelle étape de consolidation. De sorte qu’on pourrait très bien situer le travail de la chorégraphe dans la lignée des concerts chorégraphiques d’artistes tels que Frédérick Gravel et Dana Gingras.

Là où Helen Simard se démarque toutefois des grands shows de ces signatures plus établies, c’est par le sentiment d’intimité qui s’inscrit dans une création visiblement étroitement composée avec ses six interprètes et trois musiciens. Une intimité idéalement servie par les dimensions de la salle, permettant aux danseurs habités par l’« esprit Iggy » de venir se frotter au premier rang et d’établir contact avec le public.

Misant sur une simplicité scénographique, la chorégraphe fait chuter, rouler, glisser ses bêtes de scène sur le parquet aux sons électriques joués live par Jackie Gallant, Roger White et Ted Yates depuis un dispositif surélevé en fond de scène. Tant dans la trame chorégraphique que dans la trame musicale, les références au parrain du punk se trouve complètement distillées, jamais trop surlignées. On décèle sa persona surtout à travers des clins d’oeil — postures, images piquées d’une pochette d’album, citations d’entrevues déclamées au micro et citations musicales pianotées sur un drôle d’instrument miniature.

Les ambiances musicales aux accents de rock progressif et de kraut-rock s’étirent sur la longueur, tantôt planantes, tantôt survoltées. Voyageant de la pure dépense et défonce scénique — mouvements nerveux, épileptiques, acrobatiques, rampements, sauts et vrilles sauvages — à l’assagissement d’un vieil Iggy en bermuda, les danseurs basculent avec dextérité des phrasés solo à de beaux moments d’unisson. La beauté de Requiem Pop est d’ailleurs de prendre le contre-pied de l’homogénéité habituelle des corps en danse, sans sacrifier la virtuosité et en veillant à un bon équilibre des présences et des forces de chacun des interprètes.

Quant aux thèmes visés par la chorégraphe, plutôt que dans la danse, c’est dans les textes piqués des archives récentes du chanteur que se laissent appréhender, avec légèreté, la nostalgie, la perte, le deuil, et par répétition, la construction d’un mythe. Un chapitre qui se clôt donc en beauté, sur un émerveillement modeste.

Requiem Pop

Chorégraphie de Helen Simard avec Stacey Désilier, Stéphanie Fromentin, Justin Gionet, Sébastien Provencher, Sarah Williams et Angélique Willkie sur la musique Jackie Gallant, Roger White et Ted Yates. Présentée par l’Agora, jusqu’au 13 avril, à l’Édifice Wilder – Espace Danse.