Un vivarium

«Forêt» veut dessiner, du nu à l’habillé, du seul à l’ensemble, du rampant aux gestes, un tracé de l’évolution humaine.
Photo: David Wong «Forêt» veut dessiner, du nu à l’habillé, du seul à l’ensemble, du rampant aux gestes, un tracé de l’évolution humaine.

D’hommes et de femmes, également nus, six corps gisent au sol, dans une faible et douce lumière jaunâtre. Du maigre au magistral, du jeune au mature, du blanc au noir. Lentement, sur la boucle sonore et lyrique qui impose une continuité, ils ramperont, se rejoindront, s’agglutineront. S’élèveront.

Comme un regard contemplatif sur un vivarium humain, cette chorégraphie d’Élian Mata, artiste multi, Forêt veut dessiner, du nu à l’habillé, du seul à l’ensemble, du rampant aux gestes, un tracé de l’évolution humaine.

Forêt serait, selon son idéateur, davantage une performance qu’une danse. Mais le trajet est si écrit, les effets (éclairages et sons) si travaillés qu’on la regardera plutôt comme une partition physique. Une partition à l’axe simplissime : érection des corps, évolution ; chacun pour soi, chacun dans son trip, même lors des fortuites rencontres.

Forêt est forte en images, et semble avoir été pensée de là, visuellement. Mais peu émane des tableaux, car il y a dissonance entre le raffinement voulu des images scéniques et le travail physique, qui tout le long manque de profondeur, de données.

La composition spatiale reste primaire. Les états de corps sont esquissés. La présence des six interprètes oscille entre une posture « de représentation » et ce qui semble être une certaine indifférence à eux-mêmes, à leurs gestes, à leurs partenaires et aux spectateurs.

Ce va-et-vient nuit à la lecture. Est-ce parce que les spectateurs sont trop près ? La mise en espace en demi-cercle et l’assise au sol fonctionne pourtant bien, déjouant les hiérarchies traditionnelles imposées par les gradins ou la scène.

Des réminiscences d’autres oeuvres viennent se superposer, et Forêt souffre de ces comparaisons (Mette Ingvartsen, Christine Germain, Dana Gingras et Noam Gagnon avec un flash de Monumental, presque, dans la subite frontalité).

La scène finale, ce soudain défilé, plaquée, imposée, est forcée. La proposition, avec son écrin très poli, semble complaisante envers elle-même, et partage finalement peu.

«Forêt», de et avec Élian Mata

Interprété par Matéo Chauchat, Marianne Gignac-Girard, Naïla Rabel, Jean-Philippe Ung et Jacqueline Van de Geer.