«In-Ward»: seul parmi les autres

«In-Ward» est portée par six danseurs à l’engagement physique sans faille et sans demi-mesure.
Photo: In-Ward «In-Ward» est portée par six danseurs à l’engagement physique sans faille et sans demi-mesure.

Tirant de multiples courbes dynamiques de la célèbre réplique de Sartre L’enfer, c’est les autres, la chorégraphe Alexandra « Spicey » Landé se penche sur les tensions entre individualité et collectivité. Pièce au rythme soutenu, car dénuée de coulisses, In-Ward est portée par six danseurs à l’engagement physique sans faille et sans demi-mesure.

On entre dans l’espace sur le même plancher que les interprètes tous vêtus de blanc, hoodies sur le dos, déjà en mouvement sur des pistes musicales qui s’enchaînent. L’ambiance est posée, la danse se déployant sur trois fronts. Isolés aux quatre coins de la salle d’exposition du MAI, les six individus exploiteront pleinement l’architecture de l’espace. Quatre colonnes deviendront des piliers pour venir prendre appui et parfois se dissimuler. Au centre, un banc fait office de point de ralliement.

Happés vers le coeur de l’espace, les corps se retrouvent pris dans une mêlée, chahutés, bousculés, s’entre-tiraillant et se propulsant brutalement. Dans ce huis clos éclaté, se fondre dans une collectivité — où chacun se pile dessus et où éclatent d’inévitables affrontements — semble aussi torturant que de se cogner au mur de sa propre solitude.

Une palette de sensations

Le vêtement devient ici un outil pour transfigurer ces corps du commun et distordre les apparences. Il permet de véhiculer l’image d’un unisson de spectres, qui parviennent peu à peu à se défaire de leur prison de tissu.

Embarqués par des courses collectives, certains danseurs se retrouvent parachutés à quelques centimètres des spectateurs. Cette proximité permet d’observer l’amplitude des états de corps engageant pleinement les expressions faciales et les regards. Car si la pièce fait la part belle à un riche vocabulaire issu du hip-hop, c’est pour dépasser la simple démonstration virtuose et s’adonner à des explorations incarnées.

En allers-retours entre des solos aux systèmes nerveux survoltés et des unissons à l’osmose palpable, la chorégraphie explore toute une palette de sensations : raideur, écartèlement, élasticité, fluidité, ancrage des plus solides et déséquilibre titubant. Cela au risque de finir par s’éparpiller. On retiendra toutefois sur la longueur de belles trouvailles, dont un rap aux sonorités de comptine qui se transforme en un cri de rage ou bien encore un jeu de chat et souris qui agit comme un appel d’air.

Oeuvre d’une artiste à suivre avec intérêt, In-Ward crée une belle surprise en ce tout début de saison.

In-Ward

Une chorégraphie d’Alexandra « Spicey » Landé (ebnflōh) avec Ja James Britton Johnson, Christina Paquette, Nindy Pierre-Louis, Elie-Anne Ross, Mukoma-K. Nshinga, Jaleesa Coligny. Jusqu’au 20 janvier au Montréal, arts interculturels.